Hollande éternel Diafoirus du malade imaginaire Gattaz

solferiniens[1]François Hollande promettait le 31 décembre lors de ses voeux d’accélérer dans la mise en oeuvre de sa politique de l’offre. Effectivement, il n’a pas tardé. Dès le vendredi 3 janvier, à l’issue du conseil des ministres, il signifiait sa volonté de recourir à nouveau pour cela aux ordonnances. Il faudrait selon le chef de l’Etat ne passer par la loi « que quand cela est strictement indispensable, et veiller pendant ce temps-là à faire avancer les dossiers par d’autres moyens : par des décrets, des ordonnances ». Revoilà donc les ordonnances de Diafoirus Hollande pour répondre aux cris d’orfraie du malade imaginaire Gattaz, président du Medef.

Car François Hollande n’en est pas à son coup d’essai. Souvenez-vous, c’était en mars 2013 et le Président Hollande venait d’annoncer son fameux « choc de simplification ». Au nom de la sempiternelle compétitivité, il prévenait alors qu’il ferait légiférer le gouvernement par ordonnances sur des normes administratives relatives aux entreprises ou qui touchent au domaine de l’urbanisme. Ayant à l’époque abordé le sujet en montrant le dessaisissement du Parlement et du peuple que représente ce procédé et la rupture avec l’héritage du camp progressiste qu’elle constitue (retrouver ici le chapitre sur cet épisode : Les ordonnances de Diafoirus Hollande dans le livre Les solfériniens, des paroles et des actes, page 42), je me consacrerai cette fois à l’objet qui prévaut à la nouvelle résurgence de cette pratique d’ancien régime.

 Si François Hollande fait à nouveau appel aux ordonnances en ce début d’année, c’est qu’il entend décliner au plus vite son « pacte de responsabilité » qui répond point par point aux exigences du « pacte de confiance » du Medef. Il n’est d’ailleurs pas un jour depuis sans que Pierre Gattaz, le président du Medef, se félicite d’avoir eu gain de cause sur toute la ligne et signifie à François Hollande sa disponibilité pour s’inscrire dans le « pacte de responsabilité ». La preuve dans l’interview de Pierre Gattaz au journal Le Monde daté du 5/6 janvier. A la question « Comment accueillez-vous la proposition de François Hollande ? », le président du Medef répond : « Favorablement. C’est ce que nous demandions depuis plusieurs mois ». Avant de poursuivre : « François Hollande a appelé cela ‘pacte de responsabilité’, nous on a parlé de ‘pacte de confiance’ mais le contenu est très proche, on est prêts à jouer le jeu ». Et le « jeu » justement pour Pierre Gattaz consiste « nous libérer d’un certain nombre de freins, d’obstacles, de tabous, de dogmes, qui sont autant de pierres dans notre sac à dos ». Comme ce fut le cas avec l’ANI que Pierre Gattaz cite en exemple : « Ensuite, il y a la dureté de la législation sociale française, qui a été améliorée depuis l’accord national interprofessionnel de janvier 2013 ». Ce qui n’empêche pas bien sûr le patron du Medef d’en demander toujours plus en affichant l’objectif d’une baisse des prélèvements de 100 milliards d’euros, avec notamment une baisse du « coût du travail » de 50 milliards d’euros. Sur cette dernière, le gouvernement s’est déjà engagé sur le volet famille et François Hollande a ouvert lors de ses vœux la voie aux atteintes à la branche maladie, ce qui n’a pas échappé à Pierre Gattaz : « La maladie, c’est aussi un poste qui pourrait être revu. Le président de la République a parlé d’abus de la protection sociale. Il a voulu montrer qu’il n’y a pas de dogme. Là j’ai applaudi, il faut y aller ». Bref, Gattaz répond à la prescription du triste Claude-Joseph Gignoux en son temps : « Patrons, soyez des patrons ». Surtout que c’est d’autant plus facile que François Hollande est Président…

L’examen du calendrier parlementaire a donc de quoi faire frémir. C’est ainsi le projet de loi décisif sur la formation professionnelle qui se profile. Ce texte est conçu pour s’imbriquer entre l’ANI et l’acte 3 de la décentralisation pour mieux offrir au patronat une main d’œuvre précarisée, corvéable et soumise. Qu’entend faire le gouvernement ? Agir en douce une fois encore alors même que les centrales syndicales de lutte se sont prononcées contre le projet ? Quid du projet de loi sur la transition écologique ? L’opacité maintenue sur la délivrance ou la mutation des permis de recherches de gaz de schiste ira-t-elle jusqu’à des ordonnances qui donneront raison aux pétroliers ? Qu’adviendra-t-il des phases 2 et 3 de l’Acte 3 de la décentralisation, après que le volet métropoles ait déjà été réglé par une loi d’habilitation qui laisse désormais la main à un processus par ordonnances ? Les régions seront-elles affirmées comme unique chef de file écrasant tous les autres échelons par le fait du Prince ? Et comment le gouvernement entend-il concrétiser les assises de la fiscalité dans les entreprises dont Pierre Gattaz révélait lui-même qu’il a été « rassuré par le Président de la République qui a dit que ces assises devaient permettre de baisser la fiscalité sur les entreprises » ? En appliquant par ordonnances les consignes du Medef ? En substituant les résultats du « dialogue social » à la loi ?

Dans ce dernier exemple réside toute l’étendue de la manœuvre de François Hollande. En pratiquant par ordonnances, François Hollande a déjà porté atteinte au cadre républicain défini par la souveraineté du peuple comme je l’expliquais en mars dernier. Mais en liant les ordonnances à un ordre économique, celui du Medef, François Hollande entend réfuter définitivement la République sociale. Court-circuitée dans l’ordre politique, fragilisée dans l’ordre social, la république ne serait plus qu’une coquille vide. Et laisserait libre cours au Président pour réaliser le vieux rêve social-démocrate où les accords entre partenaires sociaux supplantent la loi. C’est rien moins que l’intérêt général qui disparait derrière la défense d’intérêts particuliers, dont François Hollande qui n’a, comme son ministre Cahuzac, jamais cru à la lutte des classes, pense qu’ils peuvent s’entendre.

Diafoirus Hollande avait pratiqué par ordonnances au nom de la « simplification ». Le voilà qui prolonge le mouvement sous couvert de « responsabilité ». C’est bien à travers cette novlangue qu’apparait le mouvement de fond de l’« irresponsabilité » politique, et donc du peuple, promu par François Hollande. Décidément avec les ordonnances de Diafoirus Hollande pour le malade imaginaire qu’est le Medef, ce dernier  a effectivement de beaux jours devant lui.

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