Hollande : des voeux aux aveux

Hollande Voeux 2013François Hollande nous avait promis des vœux de combat. Il a tenu parole. Mardi soir, sur le coup de 20h, il a pilonné sans relâche les salariés, et plus largement les français, tout le long de ses 10 minutes d’allocution. Mais au-delà de la violence du choc, il faut prendre la mesure pleine et entière de ce qu’une telle intervention revêt, tant sur la forme que sur le fond. Non seulement François Hollande fait désormais le choix d’assumer au grand jour son libéralisme, mais il a décliné pour finir 2013 les contours de l’offensive qu’il entend mener contre le pacte social et républicain pour mieux répondre aux injonctions du Medef. Décryptage.

Au cœur de l’intervention élyséenne du 31 décembre figure le « pacte de responsabilité » avec les entreprises. Flou sur sa mise en œuvre, le Président n’en a pas moins défini les fondements : «Moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et de dialogue social ».  Passons sur le vocabulaire et sur le fait que le président issu du parti socialiste considère les cotisations comme des charges, encore que cette rupture sémantique avec les fondamentaux de la gauche traduise un ralliement à l’ordre libéral que seule l’aile droite du parti solférinien s’était jusque-là autorisée… Ce qu’annonce clairement François Hollande, c’est une nouvelle baisse du « coût du travail ». Et avant même que les assises de la fiscalité débutent pour discuter de la fiscalité des entreprises, François Hollande a donné le La : « Le gouvernement a saisi le 19 décembre le haut conseil du financement de la protection sociale pour réfléchir à une baisse des charges pesant sur le travail » nous l’annonce ainsi Le Figaro dans son édition du 2 janvier.

Arrivé à ce stade, la question du financement de cette baisse du « coût du travail » est posée. Et les déclarations de François Hollande lors de ses vœux complètent les annonces précédemment faites sur le sujet. Dès l’été, Pierre Moscovici avait lâché que la contribution des entreprises à la réforme des retraites serait compensée par une diminution de la part des contributions patronales sur le volet famille. Le Figaro nous révèle que le gouvernement entend aller plus loin : « Le gouvernement est prêt, sous réserve d’un accord avec les partenaires sociaux, à une diminution voire à une suppression de tout ou partie des 35 milliards de cotisations familiales acquittées par les entreprises ». L’équilibre annoncé il y a six mois, qui exonérait déjà les entreprises de toute participation réelle, a maintenant volé en éclat pour laisser place à un nouveau cadeau.

Pour le financer, le gouvernement se tourne une fois encore vers les ménages. Si ceux-ci ne peuvent plus assumer directement cette prise en charge, il faut les ponctionner sur le service qui leur est rendu. De « nouvelles économies sur la dépense publique » sont ainsi envisagées selon un « proche du président » cité dans le même journal. Ce qui ne fait au fond que confirmer les propos de François Hollande qui lors de ses vœux assénait : « Nous devons faire des économies partout où elles sont possibles », avant d’affirmer sa «certitude que nous pouvons faire mieux en dépensant moins ». « Faire mieux en dépensant moins » ? Du Sarkozy dans le texte ! Quelle différence en effet entre les propos de François Hollande et ceux de celui qui déclarait dans VSD : « Nous ne pouvons rester le pays d’Europe où la part des dépenses publiques dans la richesse nationale est la plus importante. Il faut donc dépenser mieux et moins » ?

Comme du temps de Nicolas Sarkozy, le service public est donc réduit à ses « missions » pour pouvoir mieux le détricoter. François Hollande ne s’est ainsi pas caché ce mardi de vouloir recentrer le service public «sur ses missions essentielles ». Pour y parvenir, il a au préalable pris soin d’instaurer la modernisation de l’action publique, MAP, dont seules les initiales diffèrent de la sinistre RGPP (révision générale des politiques publiques) mise en œuvre sous Nicolas Sarkozy pour pratiquer des coupes claires dans la fonction publique.   

Les vœux de François Hollande pourraient ainsi s’apparenter à un simple florilège des exactions libérales si l’on ne prenait pas le soin d’en souligner la cohérence en les mettant en perspective dans le cadre plus global de la politique de l’offre.

Il y a tout juste un an, François Hollande lançait le Pacte national pour la croissance dont le crédit impôt compétitivité des entreprises (CICE) est l’une des mesures emblématiques. C’est ainsi au nom de ces 20 milliards d’euros offerts sans contreparties aux entreprises que 7 milliards seront ponctionnés sur le reste à vivre des français à travers l’augmentation de la TVA qui a pris effet ce 1er janvier. Dès le début de 2013, François Hollande avait poursuivi avec le « choc de simplification ». Il a encore explicité ce dernier lors de ses vœux qui doit « simplifier […] la vie pour les démarches administratives, pour les actes de la vie quotidienne, pour la création d’entreprises, pour le développement de l’investissement ». Bref sous couvert de lourdeurs administratives dessaisir l’Etat de tout contrôle en même temps que placer les salariés en position de plus grande fragilité vis à vis de leur employeur. En parallèle, le droit du travail a été sabordé avec l’adoption de l’accord national interprofessionnel (ANI) en juin 2013 et l’allongement de la durée de cotisation pour percevoir sa retraite à taux plein a été définitivement adopté le 18 décembre dernier, augmentant mécaniquement l’âge réel de départ en retraite.

Mais ce n’était assurément pas encore assez pour les voraces du Medef et autres organisations patronales qui, voyant toutes leurs revendications exaucées, poussent toujours plus leur avantage. Ainsi, fin octobre, le Medef émettait une série de propositions indiquant qu’il pourrait  s’engager non à réaliser mais simplement à « se mobiliser », pour créer un million d’emplois en cinq ans…à la condition expresse et immédiatement attendue que les impôts et la dépense publique diminuent. Ces propositions sont regroupées dans un « pacte de confiance pour la croissance et l’emploi » qui a été co-signé par d’autres organisations patronales telles que l’AFEP ou Croissance Plus. Ce pacte se décline en cinq thèmes : allègement de la fiscalité des entreprises, diminution du coût du travail, simplification, baisse des dépenses publiques et diminution des obstacles à l’emploi.

Les vœux du 31 décembre ont été l’occasion pour François Hollande d’apporter en offrande son « pacte de responsabilité » pour répondre favorablement au « pacte de confiance pour la croissance et l’emploi » du Medef. Pour se convaincre de l’étendue de la manœuvre de François Hollande, il est utile de la synthétiser dans le tableau schéma synoptique ci-dessous en partant des cinq préconisations patronales contenues dans le « pacte de confiance pour la croissance et l’emploi » :

Pacte de confiance pour la croissance et l’emploi (Medef + Afep+crossance plus…)

Mise en œuvre par François Hollande

Allègement de la fiscalité des entreprises

Pacte de responsabilité

Diminution du coût du travail

CICE + Pacte de responsabilité

Simplification

Choc de simplification

Baisse des dépenses publiques

MAP

Diminution des obstacles à l’emploi

ANI + Pacte de responsabilité

 

Le Medef ne s’y est d’ailleurs pas trompé, son président Pierre Gattaz déclarant dès après les vœux de François Hollande : « Le Medef est prêt à participer et à s’impliquer activement pour bâtir concrètement le pacte annoncé par le président de la République ». Et pour cause !

Les voeux de François Hollande constituent bel et bien un tournant. Pas tant sur le fond, on vient de le voir et même si une nouvelle étape est franchie, que dans la façon dont le Président revendique et assume désormais sa politique de l’offre. Les ruptures sémantiques notées jusqu’ici trouvent un écho jusque dans ce « pacte de responsabilité ». Plus qu’au « pacte de compétitivité » commandé à Louis Gallois en 2012, celui-ci marque le gant jeté au peuple par ce « président des entreprises » comme s’était lui-même qualifié François Hollande le 15 septembre 2013 sur TF1.

Je ne saurais terminer cette trop longue note sans revenir sur l’outrage fait aux français par François Hollande lorsqu’il évoquait mardi 31 décembre « les excès et les abus » de la sécurité sociale. Là encore, on se croirait revenu en 2008 aux plus tristes heures du sarkozysme quand le Président d’alors déclarait : « J’invite l’assurance maladie à intensifier la lutte contre les gaspillages, les abus et les fraudes ». C’est par contre la première fois qu’un dirigeant issu du parti socialiste franchit de la sorte le Rubicond de la stigmatisation et de la culpabilisation des assurés sociaux. Et pour cause, l’héritage est tout autre. C’est Jaurès déjà qui parlant des assurances contre le chômage, la maladie, l’accident, envisageait une sorte de sécurité sociale naissante. C’est le Conseil national de la résistance (CNR) qui a mené à bien ce projet au sortir de la deuxième guerre mondiale. C’est François Mitterrand qui à Castres en 1988 rappelait : « Il reste des libertés à conquérir, bien des droits de l’homme à étendre, bien des solidarités à vivre et c’est un combat qui ne finira pas avec nous : ainsi s’établissent les rapports de force, les luttes d’intérêt et constamment il faudra qu’une société organisée, civilisée, veille à préserver les acquis et à maintenir intact le legs que nous avons reçu ». Et voilà que François Hollande, lui, trace un trait d’égalité entre les droits universels conquis de haute lutte, et les devoirs individuels dont des dérapages devraient justifier la remise en cause du patrimoine commun.

Les vœux de François Hollande ont bien été l’occasion d’un percutant crochet du droit. Mais les desseins révélés au grand jour appellent plus que jamais en retour à proclamer une opposition de gauche claire et franche au gouvernement et à sa politique. Bienvenue en 2014 semblait dire François Hollande aux entreprises ? Mais c’est avec le peuple et les électeurs qu’il a rendez-vous et ses diatribes ne nous ferons pas reculer.  

Un commentaire sur “Hollande : des voeux aux aveux

  1. Non, ce n’est pas trop long. Ce texte est magnifique d’intelligence, de précision. Il faut le faire circuler, camarades et amis. Le masque est définitivement tombé. Ce ne sont pas des aveux, c’est la proclamation orgueilleuse d’un traître qui se rengorge de sa félonie. Ses vœux sont davantage que des menaces, ce sont des promesses de souffrance, mais nous serons là pour les empêcher si le peuple le veut bien. Alors, mauvaise année à François Hollande qui vend la France et les Français à une puissance étrangère puisque apatride, la puissance de l’argent et des entreprises multinationales.

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