Chez Ricoh, découvrez l’ANI en copie couleurs

Photo UD CGT 94Pour les 257 salariés de Ricoh France, le verdict est tombé lundi 9 décembre. L’Etat a une fois encore choisi le patronat contre les salariés.  La DIRECCTE (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) a ainsi homologué le dossier déposé unilatéralement par la direction de Ricoh alors même qu’il n’y avait pas eu d’accord majoritaire avec les délégués syndicaux. La lutte engagée chez Ricoh est exemplaire en ce qu’elle est l’une des premières déclinaisons concrètes de l’ANI (Accord national interprofessionnel) adopté en janvier dernier et effectif depuis le mois de juin. Mais les salariés et leurs syndicats refusent de capituler devant leur direction et l’Etat qui se sont lancés, grâce à l’ANI, dans une tartufferie dont les salariés sont tenus à l’écart. Retour sur six mois de lutte.

Le 23 mai 2013, la direction de Ricoh France, dont le siège social est à Rungis (Val-de-Marne),  annonce un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), nouvelle terminologie libérale bon teint qui vise à se substituer au trop marqué « plan de licenciements ». Celui-ci prévoit la suppression de 338 postes dans toute la France, soit 13% des effectifs de Ricoh dans le pays. Les syndicats de salariés se saisissent immédiatement du dossier. Ricoh, leader mondial du secteur de la bureautique, s’engage en effet dans la sempiternelle course à la « compétitivité » si chère aux libéraux de tous poils qui en ont fait la pierre angulaire de leur politique. Ricoh est en effet un groupe qui emploie 107.000 personnes à travers le monde. Ricoh avait un chiffre d’affaires de 21 milliards (!) en 2010. Ricoh France annonçait quant à elle un chiffre d’affaires de 545 millions d’euros au 31 mars 2012.

Pour autant, la soif des actionnaires n’a pas de limite. Pas assez rentable, la branche française de Ricoh était donc appelée à faire partie du vaste plan de restructuration du géant japonais sans pour autant déserter l’hexagone dont le marché est Ô combien important pour Ricoh. Un « transfert » de salariés est donc proposé vers Barcelone. Il s’agissait pour Ricoh de mettre en place un centre de service partagé en Espagne, où le salarié corvéable à merci depuis les cures d’austérité de gouvernement Rajoy, est moins « coûteuse » pour l’employeur. Or cette décision date de 2012 comme l’a révélé la branche espagnole de Ricoh. Mais le comité d’entreprise n’a eu connaissance officiellement de cette décision qu’en … août 2013. Il s’agit là d’un délai d’entrave caractérisé envers la transparence due au comité d’entreprise. Il s’agissait sans doute surtout d’attendre que l’ANI soit imposée au droit français pour pouvoir exiger des salariés une mobilité forcée sous peine de licenciements ! Merci Monsieur Sapin !

Le comité d’entreprise comptait bien obtenir la reconnaissance de l’illégalité du PSE. Il a pourtant été débouté le 21 novembre par un juge des référés du tribunal de Créteil. Toujours combatif, le comité d’entreprise dépose une nouvelle assignation du groupe Ricoh, portant cette fois sur les conditions de travail si le plan social devait s’appliquer. Le délibéré est attendu le 12 décembre. Mais la juridiction judiciaire pourrait à nouveau se déclarer incompétente dans ce type de contentieux. On le voit, tout ceci n’est donc qu’une vaste comédie sur fond de justice.

Car entre-temps, une nouvelle forme de relation s’est imposée qui surplombe le fumeux « dialogue social ». Celui-ci est aujourd’hui resservi à toutes les sauces par les tenants de la social-démocratie pour mieux masquer leur ralliement au dogme de la compétitivité.  Mais les solfériniens ont substitué au rapport de force entre le patronat et les salariés un assujettissement de l’Etat au Medef. Chez Ricoh, un pseudo-dialogue s’est engagé entre la direction et les organisations syndicales. Mais la direction avait tout intérêt à faire durer la partie et à aboutir à un échec. Car au final, en cas de désaccord comme celui acté chez Ricoh, la direction traite directement avec la DIRECCTE, autrement dit le représentant de l’Etat, qui en dernier ressort est celui qui valide. Et vu la faiblesse insigne de ce gouvernement et sa propension à faire carpette devant le patronat, on comprend que Ricoh ait fait ce calcul. La direction ne s’est donc adressée sérieusement qu’à la DIRECCTE, passant par-dessus les délégués syndicaux qui n’avaient plus voix au chapitre. Et malheureusement, force est de constater qu’à ce stade, la direction de Ricoh a eu raison, la DIRECCTE ayant donc homologué le 9 décembre le dossier déposé par la seule direction. Voilà donc un gouvernement, qui derrière les moulinets de bras d’Arnaud Montebourg, ne sait rien faire d’autre qu’être un passeur de plat au service des actionnaires qui n’en peuvent plus de s’engraisser sur le dos des salariés.

La direction de Ricoh est placée dans une telle position de force qu’elle se permet de faire du cynisme envers les salariés. Lors du dernier rendez-vous, alors que les délégués syndicaux signifiaient à leur direction que les moyens de dédommagements n’étaient pas du tout à la hauteur des moyens de l’entreprise, cette dernière, dédaigneuse, leur répondait qu’ «  il y a des boîtes où ils ne font rien, donc il ne faut pas vous plaindre ». Abject !

Les salariés de Ricoh ont les premiers essuyés les plâtres de l’ANI. Là où l’accord avait été ratifié en janvier dernier, par des syndicats non majoritaires, leurs propres sections d’entreprise confrontées aujourd’hui à la réalité, ont constaté toute la perversité du dispositif au point de refuser les plans de la direction et de dénoncer la méthodologie subie. Face à cette configuration nouvelle, les syndicats ont été rejetés aux marges de la discussion, ne pouvant glaner que quelques suppressions d’emplois évitées et de maigres dédommagements.

Mais le cœur vaillant, les syndicats de lutte continuent aux côtés des salariés. La CGT va désormais porter le dossier devant le tribunal administratif. Trois référés ont ainsi été déposés dont une pour excès de pouvoir de la DIRECCTE ! L’arroseur arrosé ! Le gouvernement voulait se substituer aux salariés pour mieux s’arranger entre copains avec le patronat ? Les voilà désormais mis devant leurs responsabilités, leur maquignonnage étant mis à nu. Et devinez quoi ? La procédure qui devrait s’ouvrir par ce biais risque de durer plusieurs années…et contraint la direction de Ricoh à rouvrir la négociation avec les salariés et leurs représentants syndicaux.

Où il est révélé que le gouvernement n’est rien de plus que le valet des puissants à qui il a servi l’ANI sur un plateau…

2 commentaires sur “Chez Ricoh, découvrez l’ANI en copie couleurs

  1. Si ce sont les premières victimes de l’ANI, amis et camarades, il faut faire tourner…

  2. Cet accord scandaleux annihile les moyens des défenseurs des salariés et du droit du travail et ouvre dangereusement le robinet aux fabricants de chômeurs que sont les multi nationales.
    Chez Ricoh, l’impact au pôle emploi sera visible dans plus d’un an, entre les phases de départs, et les congés formations, vu que nous avons été dans les premiers, mais suivis par de très nombreuses boites du même acabit, à mon avis le désastre de la montée du chômage apparaitra dans environ un an… et il sera trop tard pour arrêter l’hémorragie car elle aura eu lieu!!! Messieurs les politiques ne laissaient pas faire cela, ne laisser pas seuls les syndicats se battre contre un accord dangereux pour les salariés et pour le pays. Nous en appelons à la justice pour qu’elle se penche en toute liberté sur la régularité et la conformité de ce texte qui égratigne par rapport aux lois sur les négociations collectives, les notions de rapport de force et d’équilibre, et entraine en forçant dans des délais ingérables à un aboutissement d’accord à un transfert de responsabilité sur les élus et mandatés.
    Enfin, L’état remis en selle sur le contrôle des licenciements touche paradoxalement sur le déroulement de la procédure et peut bloquer sur des mesures insuffisantes de reclassements, mais ne peut le faire sur les motifs économiques ! Hors le groupe gagne beaucoup d’argent !

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