Sapin enguirlandé par l’Insee

SapinMercredi 4 décembre, l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) publiait une étude qui démontrait que les jeunes non diplômés ont les pires difficultés à trouver un emploi. Cela pourrait être un non-événement qui reprend ce qui est déjà connu de longue date. Mais à y regarder de plus près, il s’agit là d’un cinglant désaveu de la politique gouvernementale tristement illustrée par la campagne de communication lancée il y a quelques mois par Michel Sapin, le ministre du travail, de l’emploi,  de la formation professionnelle et du dialogue social. Cette campagne, qui m’avait à l’époque déjà choqué (retrouver l’article sur le sujet p14 en téléchargeant gratuitement Les solfériniens, des paroles et des actes), affirmait benoîtement : « Sans diplôme, tu trouveras du boulot ». L’Insee vient de démontrer le contraire et laisse ainsi apparaitre au grand jour les velléités cachées de la politique du gouvernement Ayrault.

Attardons nous préalablement sur le rendu de l’étude de l’Insee qui balaie l’assertion ministérielle de Michel Sapin. Ainsi, le chômage est 5 fois plus fort chez les non-diplômés. En 2012, le taux de chômage de ces derniers dans la période allant de 1 à 4 ans après la fin de leurs études est de 47 % contre 10 % chez les diplômés de l’enseignement supérieur. Ajoutons à cela que l’Insee confirme que les non diplômés se retrouvent sur des emplois plus précaires, et que même sans diplôme, le niveau d’études influe. Qu’a donc Michel Sapin à banaliser de la sorte les sorties du système scolaire sans qualification en suggérant qu’elles ne sont pas si déterminantes pour le futur des jeunes ?

header_diapo_1Le coût du travail serait-il encore une fois le dogme derrière lequel se range le ministre ? L’Insee, en constatant la stabilité depuis les années 90  autour de 16 % du pourcentage de jeunes sortis du système scolaire sans diplôme (après une baisse conséquente les 20 années précédentes due notamment à la massification scolaire), met en exergue la concurrence qui va s’accroissant sur le « marché du travail » entre les diplômés et les non-diplômés. Les premiers vont sur des postes jusque là dévolus aux seconds, les salaires étant tirés à la baisse et déconnectés des qualifications.

On a affaire là au fondement même du hollanidsme, là où le contrat se substitue à la loi, là où la compétence attachée au poste de travail remplace la qualification attachée à l’individu. Jusqu’à présent, le diplôme et donc la qualification étaient la pierre angulaire de notre système social. C’est la qualification qui est reconnue dans les conventions collectives, lesquelles définissent l’échelle des salaires. Et ce sont les conventions collectives qui sont reconnues par la loi. Les solfériniens attaquent donc les salariés par les deux bouts. En amont en préférant le contrat à la loi comme en témoigne l’Accord national interprofessionnel (ANI) adopté en juin 2013. En aval en s’en prenant aux qualifications.

S’il fallait encore s’en convaincre, il n’y avait qu’à voir Vincent Peillon bêler ce mardi aux cotés de Luc Chatel pour s’appuyer sur l’absurde rapport PISA issu d’une agence de notation éducative libérale pour appeler à « refonder l’école ». Le ministre Peillon feint  de ne pas avoir vu que l’évaluation anglo-saxonne qu’est PISA, par-delà son aberrante méthodologie et son inadaptation à l’école républicaine française, ne tient en aucune manière compte des qualifications et qu’elle se contente de juger sur des « compétences ».  Plutôt que se ranger derrière les outils des libéraux, Vincent Peillon, à la tête d’un ministère d’un million d’agents dans lequel les talents sont multiples, ferait mieux de faire émerger un organe républicain d’évaluation de notre école. Pisa n’est pas l’Insee et heureusement l’Insee n’est pas Pisa !

Pour pousser plus avant, il faudrait également distinguer les ambitions du plan pour l’apprentissage lancé par Michel Sapin le 23 octobre 2013. Si l’apprentissage à 14 ans a bien été supprimé par le gouvernement, les solfériniens ne font pas moins de l’apprentissage la variable d’ajustement au marché du travail comme l’avaient théorisé Nicolas Sarkozy. Il faut se souvenir de cette ubuesque course à celui qui proposerait le plus d’apprentis durant Hollande et Sarkozy pendant leur pathétique campagne présidentielle de 2012…Mais derrière le terme générique d’apprentissage, c’est bien le statut sous lequel il est réalisé qui fait question. Et la fermeture incessante de lycées professionnels entraîne mécaniquement une sortie du statut scolaire. Ajoutons-y une territorialisation accrue de l’apprentissage, l’une des principales mesures proposée par Michel Sapin étant de régionaliser une partie de la taxe issue de la fusion de la taxe d’apprentissage et de la contribution au développement de l’apprentissage.

L’enquête de l’Insee a donc au moins cette vertu qu’elle met à jour l’inconséquence de la politique gouvernementale vis-à-vis des diplômes et des qualifications. Et maintenant que cette enquête est mise sur la table, toute persévérance de Michel Sapin et de ses comparses dans cette voie ne pourrait être vue que comme une volonté délibérée de fragiliser le salariat pour répondre aux injonctions de la finance et du patronat. Sans doute est-ce là un mauvais procès que je fais à ce gouvernement non ?

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