Le diviseur de la gauche, c’est ce gouvernement, sa politique et ses méthodes brutales

solferiniens[1]Interrogé par le journal Première Heure suite à la publication de l’ouvrage Les solfériniens, des paroles et des actes (à télécharger gratuitement ici), je profite de l’occasion pour rappeler ce que sont les solfériniens mais aussi pour expliciter le différent politique grandissant entre la politique du gouvernement et de sa pointe avancée (Manuel Valls, Luc Carvounas…) et l’alternative politique portée par le Parti de Gauche et le Front de Gauche.

1)      Pourquoi avoir choisi la forme numérique pour publier «Les Solfériniens» ?

 Cet ouvrage est avant toute chose un outil militant. Sa vocation est de s’adresser au plus grand nombre pour analyser la transformation d’une frange du parti socialiste en parti solférinien. Il fallait donc le rendre largement accessible d’où le téléchargement gratuit. C’est aussi une nouvelle forme d’écrit, les textes présentés étant volontairement courts et issus de certaines de mes notes de blog de l’année écoulée.

2)      Comment définiriez-vous le terme «solférinien» ? Un nouveau molletisme ?

 Le sous-titre du livre permet cette caractérisation : « Les solfériniens, des paroles et des actes ». Une petite oligarchie établie rue de Soférino, siège du PS, a patiemment déconstruit le discours socialiste et en a abandonné les fondamentaux. Elle a ainsi transformé la pensée du parti socialiste non pas en profondeur, car nombre de militants ne sauraient s’y résoudre, mais dans le champ de l’application concrète. Un tournant sémantique s’est progressivement opéré. Des mots n’ayant pas le même sens se sont substitués l’un à l’autre (équité pour égalité, égalité des chances pour égalité des droits…) et des mots ont été tellement utilisés qu’ils en ont perdu leur sens (démocratie participative – citoyenneté – lutte contre le terrorisme – crise…) ce qui les a fait disparaître du champ de l’action concrète. Pire, les mots des libéraux ont été repris : le travail est un coût, les cotisations sociales sont des charges, les classes sociales sont des couches, les exploités des exclus…. En acceptant le langage des libéraux, les solfériniens ont décliné la politique qui s’y accole comme le prouvent leurs actes depuis le 6 mai dernier.

3)      Vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère avec Manuel Valls et Luc Carvounas. Est-ce un effet du «parler dru» évoqué souvent par Jean-Luc Mélenchon?

 La forme ne saurait différer du fond. Le « parler cru et dru » permet d’exprimer en langage intelligible, en évitant mille circonvolutions qui vous font tourner autour du pot, des points saillants du débat public. Il est un élément démocratique permettant au peuple de s’approprier le débat et donc d’être acteur des choix. Quand Manuel Valls déclare le 24 août que « l’immigration n’est PAS SEULEMENT  un problème », je refuse de faire comme si je n’avais pas entendu qu’il pose le postulat que l’immigration est AUSSI un problème. La violence du discours solférinien ne s’exprime elle pas tant sur la forme que sur le fond, en abandonnant l’héritage du camp progressiste et universaliste. Et elle est donc autrement plus pernicieuse et dangereuse.

4)      Ce «parler dru» n’est-il pas contreproductif dans le monde actuel, où les citoyens ne sont plus habitués à la polémique telle qu’elle se développait dans la presse autrefois, bref l’époque où les citoyens avaient une vraie culture politique?

 Notre peuple est un peuple politique. En France, la Nation repose sur un projet partagé qui définit l’appartenance par l’adhésion à l’universalisme républicain. C’est cette toile de fond qui est profondément ancrée chez nos concitoyen-ne-s, fut-ce inconsciemment. Il faut donc avoir confiance dans la capacité d’élévation des consciences de celles et ceux à qui on s’adresse. Notre peuple attend qu’on lui présente sans biaiser les enjeux et les termes du débat. Il sait que face à la pensée unique, exprimée avec un langage unique et édulcoré, et déversée par les médias et les partis du système, il existe une alternative. C’est celle-ci que le Parti de Gauche et le Front de Gauche mettent à la disposition du plus grand nombre en pointant les lignes de fracture. Face à la gelée informe du discours dominant et aux atermoiements sans fin, c’est le « conflit intellectuel » qui rassemble.

5)      Que reprochez-vous, politiquement, à Luc Carvounas? Et à Manuel Valls?

 Vous avez raison de le noter, nos désaccords sont bien politiques, le reste ne saurait avoir d’importance. Mes désaccords avec la politique gouvernementale sont renforcés par le fait que Manuel Valls, et à sa suite Luc Carvounas, sont les porteurs d’un courant qui ne marque pas seulement une rupture idéologique avec ce que portait le PS mais bien avec l’histoire du camp progressiste. Quand le 21 août Luc Carvounas publie une tribune dans Libération où il définit la République comme un simple cadre institutionnel chargé d’assurer l’ordre, le respect et l’autorité,  il reprend mot pour mot les propos de Nicolas Sarkozy qui lançait sur ces bases sa campagne en février 2007 à Perpignan. C’est lui qui a basculé dans l’autre camp, pas moi.

6)      Vue la gravité de la situation politique, la gauche ne devrait-elle pas s’unir au moins sur l’essentiel? Ou y a-t-il incompatibilité du PG avec M. Carvounas et M. Valls? 

 L’union est une dynamique pour porter un projet, mais pour cela encore faut-il qu’il soit commun. La transformation sociale, écologique, démocratique que nous  voulons mettre en œuvre est incompatible avec la politique d’austérité déclinée depuis 16 mois par le gouvernement Ayrault. Quant à Messieurs Valls et Carvounas, ils ont tout fait depuis un an pour faire exploser la gauche. L’un poursuit au ministère de l’intérieur l’œuvre de la droite, l’autre passe son temps à insulter en tant que secrétaire aux relations extérieures du PS l’ensemble des forces de gauche, comme il y a quelques mois lorsqu’il comparait le PCF au Front national ou la semaine dernière encore lorsqu’il traitait dans la presse une maire communiste de « sectaire ». Ne nous y trompons pas : tout cela fait une ligne politique. Jean-Marc Ayrault vient ainsi d’avoir la tête de Pascal Durand, secrétaire général d’EE-LV, parce qu’il a eu le malheur de défendre ses convictions écologistes. Le diviseur de la gauche, c’est ce gouvernement, sa politique et ses méthodes brutales.

7)      Concernant les prochaines municipales, quelle sera la stratégie du PG dans le Val-de-Marne? Quelle sera son attitude vis-à-vis du PS, d’EELV?

 Les élections municipales sont un rendez-vous démocratique important. Nous ne pouvons louvoyer aujourd’hui en disant que nous serons clairs demain. Chacun-e mesure à quel point les politiques gouvernementales dictent les actions locales, ne serait-ce qu’en étranglant financièrement les collectivités ou en s’en prenant à travers l’acte 3 de la décentralisation aux cadres d’expression de la souveraineté populaire que sont la commune et le département. Le rassemblement doit donc s’opérer sur une ligne franche de refus des politiques d’austérité. J’entends des députés d’EE-LV dirent qu’ils ne voteront pas le budget 2014 et sur le terrain des camarades décliner concrètement ce refus en construisant des listes aux côtés du FDG. De même que les socialistes ne sont pas tous, loin s’en faut, membres du parti solférinien, nombre d’entre eux sont conscients de l’impasse de la politique de l’offre de Hollande et sont prêts à s’engager sur le terrain pour mettre en œuvre des politiques alternatives au service des val-de-marnais-es.

8)      Serez-vous candidat pour ces municipales à Champigny? Et actuellement, comment jugez-vous l’action des élus socialistes à Champigny?

 L’arrivée du métro va ouvrir une nouvelle ère pour Champigny. C’est ce défi qu’il a fallu préparer durant l’actuelle mandature et qu’il faudra concrétiser dans la prochaine. Autour de Dominique Adenot et avec les campinoises et les campinois, nous faisons de Champigny une cité du 21ème siècle attractive tout en conservant son immense richesse sociale et culturelle grâce à des choix de ruptures clairs. Des camarades socialistes ont assumé résolument leur tâche derrière cette politique et je ne doute pas qu’ils continueront à le faire. Quant à moi, si mes camarades et les électeurs jugent que je peux faire œuvre utile, j’en prendrai ma part.

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