Du ras-le-bol vital au pouvoir de vivre

imagesCAUYLIJM« Un ras-le-bol fiscal ». Bravache, c’est en ces termes que Pierre Moscovici enfourchait le 20 août sur France-Inter le haro sur l’impôt distillé depuis des semaines par le Medef et la droite. Au moment même où la capacité à vivre de nos concitoyens est livrée à la restriction des rémunérations et à l’augmentation incessante des dépenses contraintes, le ministre de l’économie et des finances préférait la diversion et ciblait indifféremment l’impôt pour poser un nouvel acte d’allégeance libérale.

Si son ancien ministre délégué au budget Jérôme Cahuzac avouait début janvier ne plus croire à la lutte des classes, Pierre Moscovici a lui oublié le matérialisme et le républicanisme. Plutôt que de partir d’un postulat mythifié par les ennemis de classe, il aurait dû constater l’envolée des prix qui frappe les ménages et d’abord les plus modestes. Il aurait dû mesurer le transfert vers les particuliers de dépenses autrefois assumées collectivement au nom de l’intérêt général. Il aurait dû voir les vautours engranger sur le dos des usagers des bénéfices pour leurs actionnaires. Il aurait dû regarder le recul des rémunérations réelles des salariés. Surtout, il aurait dû éviter de se rendre complice de la trahison qui consiste à étrangler le peuple tout en faisant basculer l’imposition redistributive vers des taxes d’ancien régime qui frappent les plus fragiles et exemptent les culottes dorées.

Depuis le début de l’été, c’est festival ! Le gouvernement a refusé d’augmenter le SMIC le 1er juin, a restreint l’accès au RSA, l’accord national interprofessionnel (l ‘ANI) est entré en vigueur et permet sous couvert de sauvegarde de l’emploi de baisser les salaires, le plafond du quotient familial a été abaissé de 2000 à 1500 €, le point d’indice des fonctionnaires a été de nouveau gelé. Dans le même temps, après s’être défaussé des outils collectifs, le gouvernement laisse faire et abandonne toute ambition de régulation là où il a pourtant son mot à dire. Les tarifs règlementés d’EDF ont ainsi augmenté de 5 % le 1er août et deux nouvelles hausses de 5% sont déjà envisagées. Les sociétés d’autoroutes, à qui les gouvernements Jospin, Raffarin et Villepin avaient cédé à prix modique les concessions, ont augmenté avec la bénédiction du gouvernement leurs tarifs de près de 2 % cette année et de 11% sur 5 ans alors même qu’elles dégageaient déjà près de 400 millions de profits en 2011 ! 

Et voilà que pour mieux jeter le discrédit sur l’impôt, Pierre Moscovici orchestre de manière sauvage, à coups de taxes, les frappes au porte-monnaie des plus humbles pour mieux laisser s’épaissir les portefeuilles des privilégiés. Le 1er janvier prochain, la taxe volontairement aveugle, la TVA, va donc augmenter (de 19,6 à 20 voire 20,5 ou 21% pour le taux normal, de 7 à 10 % pour le taux intermédiaire). La fiscalité écologique va elle se borner à une pathétique contribution climat-énergie, simple resucée de la taxe carbone, qui rejettera sur les particuliers les efforts pour accomplir la transition énergétique à défaut de la porter politiquement en engageant la bifurcation nécessaire. Les collectivités locales, sabordées financièrement par le gouvernement qui leur retire chaque année 1,5 milliards de dotations, vont en compensation pouvoir augmenter à la carte les droits de mutation.

La contre-réforme des retraites actuellement à l’étude n’échappe pas au mouvement. Après avoir, pince-sans-rire, envisagé d’augmenter la CSG, le gouvernement fait mine de faire un geste… en entérinant les réformes de la droite, en ouvrant la porte, à travers le compte pénibilité, à la retraite par points individualisée qui s’oppose au salaire socialisé, et en augmentant la durée et le montant des cotisations. Nul n’est dupe : ce sont immédiatement les salaires réels qui vont continuer à baisser. Dans le même temps, le Medef a avantageusement troqué une augmentation symbolique de la contribution des entreprises contre une large baisse des cotisations patronales à la politique familiale. Autant de ressources en moins pour assécher en bout de course un peu plus nos concitoyens…

En parlant de « ras-le bol fiscal »pour les uns, ou de perte de pouvoir d’achat pour les autres, les libéraux de tous poils cherchent à occulter que le dogme de l’austérité qui les unit conduit à un effet ciseau : augmentation des dépenses contraintes d’un côté et baisse des revenus de l’autre. Que ne voient-ils pas que la sacro-sainte consommation qu’ils vénèrent n’est plus un enjeu structurant sinon pour les plus aisés et que le pouvoir d’achat, anti-écologique et absurde par nature, a laissé pour la grande masse la place au « pouvoir de vivre ». Pressuré par les deux bouts, le peuple pense d’abord à tout ce dont il ne pourra pas bénéficier bien que ce soit essentiel à la vie. Et malgré tout, il doit boucler ses fins de mois. Le « ras-le-bol fiscal » est donc en réalité un ras le bol vital. Le « pouvoir d’achat » s’éclipse pour laisser la place au « pouvoir de vivre ». C’est celui-ci qui est premier dans le droit au bonheur et qui permet l’émancipation, pour peu qu’il soit garanti. Mais c’est pourtant lui qui est désormais remis en question par un gouvernement de gauche pratiquant une politique de droite, par un gouvernement élu par le peuple mais qui sert une oligarchie. Une gauche matérialiste, redistributive, populaire et progressiste l’aurait compris. Hollande et sa bande ne sont pas de celle-là. Ni peut-être finalement d’aucune autre.

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