Les pickpockets du Medef

French Finance Minister Moscovici and French employer's body MEDEF union leader Gattaz attend the MEDEF summer forum in Jouy-en-Josas« Ne pas reprendre d’une main ce qu’on leur a donné de l’autre », mais par contre redonner d’une main ce qu’on a fait mine de leur prendre de l’autre. Voilà résumée en une phrase et par la voix du Président de la République l’attitude du gouvernement à l’égard du patronat.

Dans un entretien au Monde daté du 31 août, François Hollande avouait ainsi que : « Pour les entreprises, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault s’est engagé à ne pas alourdir le coût du travail et à ne pas amputer leurs marges. Nous n’allons pas leur reprendre d’une main ce qu’on leur a donné de l’autre avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) ». Les 20 milliards d’euros offerts sans contreparties aux entreprises avec le CICE peuvent faire tranquillement des petits dans les poches des actionnaires, le gouvernement n’entend pas demander de comptes sur leur utilisation. Pas même au sens propre, Pierre Moscovici s’étant déshabillé la veille devant les patrons à l’université d’été du Medef pour déclarer lamentablement : « J’ai demandé à l’administration fiscale que le CICE soit exclu des contrôles fiscaux ». Ni contreparties, ni contrôle. C’est cadeau quoi ! Et qu’il ne vienne pas nous dire que c’est Cahuzac qui lui a soufflé l’idée !

Par contre, dans le sens inverse, si le gouvernement semble marquer la moindre velléité de mettre les entreprises à contribution, c’est pour mieux leur restituer ce qu’il considère être leur dû depuis qu’Hollande & Co se sont ralliés à la politique libérale de l’offre. Si mardi 27 août Jean-Marc Ayrault avait évoqué une hausse minime (0,3 %) des cotisations des entreprises, Pierre Moscovici s’est empressé de rassurer le Medef jeudi 29 août : « Je m’engage à ce que la réforme ne pèse pas sur le coût du travail. La hausse des cotisations patronales conséquente à la réforme des retraites sera intégralement compensée par une baisse des cotisations familles dès 2014 et  pour l’intégralité du mandat ».

Là où Jean-Marc Ayrault cherchait à nous vendre une contre-réforme des retraites « équilibrée », on s’aperçoit rapidement que sur les trois publics cibles, salariés, retraités et entreprises, ce sont bien uniquement les deux premiers qui vont être mis à contribution. Les retraités tout d’abord vont être lourdement frappés par une mesure prétendument technique : le recul annuel de la date de revalorisation des pensions. Fillon avait reculé celle-ci de 3 mois en 2009 pour la passer de janvier à mars. Ayrault fait deux fois…pire en la retardant encore de six mois, ce qui fait perdre six mois supplémentaires de revalorisation chaque année. Voilà qui va mécaniquement impacter l’ensemble des pensions, jusqu’au minimum vieillesse inclus ! Quant aux cotisations salariales et patronales de retraite, elles vont augmenter de 0,3%. Mais si les salariés vont bien cotiser, les patrons vont eux profiter du tour de passe-passe gouvernemental sur la baisse des cotisations patronales pour la politique familiale pour à minima récupérer la mise. A minima car Pierre Moscovici a été jusqu’à annoncer devant le Medef que : «Le niveau des prélèvements obligatoires sur les entreprises va baisser ». Pas étonnant dans ces conditions que même la caste médiatique complaisante ait été contrainte de titrer le lendemain « Moscovici, business friendly » (Libération), « L’opération séduction de cinq ministres à l’université du Medef » (Le Figaro) ou encore « Pierre Moscovici cajole les patrons » (Le Monde). Alors si c’est eux qui le disent… 

Reste que, maintenant que le caractère prétendument « habile » de la contre-réforme s’est dissipé pour donner à voir la fourberie solférinienne, chacun devra se positionner sur des faits. A commencer par Europe-écologie-Les Verts qui concédait par la voie de son n°1 Pascal Durand : « Ce qui me choquerait, ce serait qu’in fine ce soient seulement les salariés qui soient mis à contribution ». Désormais, il va devoir se résoudre à l’évidence. On attend dès lors, au-delà du mirage de la solidarité gouvernementale qui a bon dos des ministres Duflot et Canfin, le vote des parlementaires EE-LV. Ceci étant, les donneurs de leçon en éthique politique n’en sont pas à une couleuvre près…       

Les illusionnistes solfériniens non plus. Pas robins des bois pour un sou, Hollande, Ayrault et Moscovici se sont mués en pickpockets au service du Medef.

 

Un commentaire sur “Les pickpockets du Medef

  1. […] y a une semaine jour pour jour, le ministre de l’économie et des finances se vautrait en effet devant le Medef et lui garantissait que la maigre contribution demandée aux entreprises au titre de la […]

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