Hécatombe ministérielle en Europe

BathoReclus dans leur palais de verre bruxellois, Barroso et ses sbires théorisent l’austérité. Les inconscients qui ont pris le risque de la mettre en œuvre dans leur pays en sont quittes pour sauter les uns après les autres devant la résistance des peuples. Vitor Gaspar, Delphine Batho, Paulo Portas…la démission lundi du ministre portugais des Finances Vitor Gaspar pourrait vite devenir le début d’une hécatombe.

Vitor Gaspar était pourtant un pion essentiel de Bruxelles, metteur en scène de l’austérité et de la saignée du peuple portugais. Il avait avec zèle répondu aux injonctions de la Troïka (BCE, Commission européenne, FMI) et négocié le retour du Portugal sur les marchés au prix de coupes claires dans la fonction publique, de baisses des salaires, de l’envolée du chômage à un taux de 18,2 % et au final d’une troisième année consécutive de récession avec un recul de 2,3% du PIB. Las. Justifiant sa démission, Vitor Gaspar a reconnu ses erreurs et prit acte de l’exaspération des syndicats mais aussi du peuple devant une politique aussi injuste qu’inefficace.

Cette clairvoyance, tous ne l’ont pas. Corseté par les nouvelles demandes pressantes de la Troïka (une nouvelle mission d’évaluation sera mise en place le 15 juillet prochain et ses premières préconisations consistent en une nouvelle réforme de l’Etat et 4,7 milliards d’euros « d’économies » d’ici à la fin de 2014), le Premier ministre portugais Pedro Passos Coelho s’enfermait dans la fuite en avant et nommait en lieu et place du démissionnaire Maria Luis Albuquerque, ancienne secrétaire d’Etat au Trésor, et responsable des privatisations qui frappent le pays ! Pathétique soumission au diktat bruxellois d’un valet aussitôt salué par ses maîtres. Olli Rehn, commissaire européen aux affaires économiques, se réjouissait ainsi d’une « transition homogène ».

C’en était trop pour Paulo Portas, ministre des affaires étrangères portugais, qui présentait alors sa démission et affirmait son désir « irrévocable » de quitter le gouvernement. Alors même qu’il devenait le numéro 2 du gouvernement, Paulo Portas refusait d’endosser le costume du promulgateur de l’austérité : « Le premier ministre a choisi de poursuivre sur la voie de la continuité au ministère des finances. Je respecte ce choix mais je suis en désaccord ».

Le château de cartes était prêt à s’effondrer. Le premier ministre a refusé la démission de M. Portas. Mais il n’est pas à l’abri pour autant des charges de la Commission présidée par son compatriote Barroso qui n’a même pas de pitié pour les siens. Dès mercredi, la Commission invitait le Portugal à « clarifier la situation le plus vite possible ».

Entre-temps, à Paris, Delphine Batho avait fait part de son appréciation non seulement sur le sort réservé au budget de son ministère  (« C’est un mauvais budget »)  mais plus globalement sur la politique menée par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault : « Il y a des coupes et des restrictions budgétaires […]. On est dans un moment où les français doutent […]. Il y a une déception à l’égard du gouvernement et il y a un doute sur notre volonté de changement ».

Là encore, en « limogeant » Delphine Batho le soir même, François Hollande faisait le choix d’essayer de circonscrire l’incendie de peur que les flammes n’éclairent de trop les politiques d’austérité qu’il met parallèlement en œuvre et dont la modernisation de l’action publique (MAP) est le dernier avatar en date contre le service public.

La concordance des temporalités des démissions / limogeages nous interpelle et traduit un nouveau franchissement de seuil dans la mise en œuvre des politiques d’austérité en Europe. Jusqu’à présent, les peuples avaient affiché leur résistance à ces politiques mais les dévots de la politique bruxelloise n’en avaient cure et préféraient mettre au pas les populations plutôt que les écouter. Cette fois, c’est au sein même des exécutifs que remonte l’absurdité des politiques pratiquées et des premières voix s ‘élèvent pour refuser d’avoir à porter de telles décisions contre les peuples.

Le fait que ces démissions / limogeages interviennent au moment où se prépare les budgets n’est pas fortuit. Après l’adoption de la règle d’or et du contrôle des budgets nationaux par la Commission européenne à l’automne dernier, ce sont les premiers budgets qui sont élaborés sous cette chape de plomb. Les ministres qui ont été aveugles des souffrances du peuple prennent soudain conscience de la déclinaison concrète des politiques d’austérité dès lors qu’elles s’immiscent dans leur univers.

Le fait que ces démissions / limogeages soient intervenus au Portugal et en France est aussi un signal important. Le Portugal est le pays où les mots d’ordre du peuple à l’égard de la Troïka (« Dégage ») ont été repris par les syndicats et par la gauche de transformation. La France est elle le pays qui a défini la souveraineté populaire et dont les représentants du peuple ne sauraient souffrir d’être tenus en laisse par le maître Barroso.

La conscience de classe politique est bien le rempart contre l’austérité mais aussi le fossoyeur de celle-ci. La crise démocratique suinte désormais par les pores de tous les gouvernements qui ont avalé la cigüe bruxelloise. Les Gaspar, Batho et Portas ont les premiers franchi la ligne de démarcation. L’asservissement aux politiques d’austérité est bien la nouvelle ligne de faille et nul ne peut être des deux côtés à la fois. Nombreux sont ceux qui doivent être en train de prendre leur élan.

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