Loi d’orientation Peillon : il y a ceux qui baissent les armes et les autres

PeillonLa loi d’orientation scolaire poursuit ses pérégrinations parlementaires. Après avoir été votée en première lecture au Sénat vendredi 24 mai, elle arrive en deuxième lecture à l’Assemblée en début de semaine prochaine. L’enjeu est de taille car le texte, loin d’engager les ruptures attendues, réaffirme notamment la logique  qui prévalait sous Nicolas Sarkozy à savoir l’organisation du tri entre élèves par le biais du socle prétendument commun. La loi Peillon reste donc pour l’heure inacceptable.

Le 19 mars dernier, au moment même où le texte était voté en première lecture par l’Assemblée nationale, je répondais à l’invitation du Mouvement Utopia pour une conférence sur l’éducation et aux côtés de la sociologue Anne QUERRIEN. J’expliquais alors en quoi la loi Peillon constituait un terrible renoncement pour le camp de l’humanisme radical. La vidéo de cette conférence est désormais en ligne ici et nombre d’arguments que j’y développe restent d’actualité.

Le deuxième tour parlementaire va donc être décisif. Car entre-temps, les sénatrices et sénateurs communistes ont engagé un processus visant à améliorer la loi. J’ai expliqué ici en quoi la main mise gouvernementale par le biais des décrets ou de l’Acte III de la décentralisation détricoterait à coup sûr ce qui aurait pu être glané et payé au prix fort en avalant toute la logique d’un école à plusieurs vitesses et l’horrible « investissement éducatif » individuel. Mais si je ne partage pas cette approche stratégique, elle a le mérite d’avoir une cohérence et je sais la détermination tant de Brigitte Gonthier-Maurin au Sénat que de Marie-Georges Buffet à l’Assemblée pour la porter.

Par contre, je me désole de voir André Chassaigne affirmer le 28 mai : «Les sénateurs Front de gauche ont voté ce projet de loi pour l’école au regard des améliorations qui ont été apportées. Les députés seront dans la même logique, dans la mesure où elles ne seraient pas remises en cause à l’Assemblée». Ainsi donc, il ne serait déjà plus question de mener la bataille parlementaire pour aller plus loin. André Chassaigne se contenterait du texte sorti du Sénat alors même que la démarche explicitée par le groupe Front de Gauche était de transmettre un texte amendé à l’Assemblée pour que les députés puissent aller plus loin car eux-mêmes juge le texte actuel insuffisant.

Tout juste André Chassaigne concède-t-il que le groupe FDG à l’Assemblée a «quand même déposé des amendements pour essayer d’aller un peu plus loin au niveau du texte, en particulier sur le pré-recrutement des enseignants, sur l’allongement de la sécurité obligatoire pour garantir à tous le droit à l’éducation de 3 à 18 ans». « Quand même » ! Nous voilà rassurés et sauvés ! Voilà un général qui dépose des amendements mais annonce par avance au ministre que même s’ils ne sont pas retenus, il votera le texte. Peillon en tremble. Notez que les amendements déposés l’avaient déjà été en première lecture, que Peillon s »était assis dessus, et que groupe FDG s’était à l’époque abstenu (certes, si vous vous en souvenez bien, André Chassaigne avait déjà tâté le terrain pour voter pour). Cette fois, les mêmes amendements refusés conduiraient à un vote Pour !

L’épisode du passage à l’Assemblée de la loi Peillon ne saurait servir à quelque arrangement que ce soit.  Puisque le Front de Gauche dans son ensemble juge le texte inacceptable dans sa version actuelle, il faut le refuser si sa logique de fond ne peut être changée. Dans le groupe FDG, de valeureux soldats s’y attèlent. Mais il faudra aussi savoir tirer les conséquences immédiates et à long terme de cet épisode s’il s’avère que la loi Peillon sort de l’Assemblée dans la version mortifère qui se dessine.

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