Meeting FDG 94

23 mai 2013Jeudi 23 mai, le Front de Gauche du Val-de-Marne tenait un meeting départemental à Vitry-sur-Seine, meeting qui a rassemblé plus de 350 personnes. Un tel rassemblement hors cadre électoral est une première dans le département. C’est aussi un acte politique fort posé par le Front de Gauche qui témoigne là de sa dynamique.

Prenant la parole après des camarades syndicalistes et des responsables du FDG94 tels Fabien Guillaud-Bataille (secrétaire fédéral du PCF) et Jean-Marc Lachaud (GA), nous avions la tâche avec Clémentine Autain (FASE) et Marie-Pierre Vieu (PCF) de décliner les moyens que se donne le Front de Gauche pour proposer une alternative politique. Je vous livre ci-dessous une restitution que j’espère fidèle de mon intervention sur les moyens économiques (merci au camarade Pierre Lafrance pour les photos qui illustrent cet article).

Chers camarades,

Votre dynamisme, votre pugnacité, votre volonté farouche, celle de Clémentine, celles de nos camarades syndicalistes, celle des militants associatifs, qui m’ont précédé à ce micro, contrastent follement avec la langueur du Président de la République.

230513_4Vous savez, la langueur. Le nouveau truc de langage des communicants d’Euro-RSCG ou d’ailleurs qu’ils ont eu la bonne idée de mettre sous la langue de François Hollande pour sa conférence de presse la semaine dernière. La langueur qui selon Hollande envelopperait l’Europe et justifierait qu’une remise de peine de deux ans soit accordée à la France à condition qu’elle réforme son « marché du travail », sa protection sociale et qu’elle libéralise ses réseaux de communication et d’énergies. La langueur européenne serait pour Hollande l’explication exogène de tous les maux pour dédouaner l’exécutif de toute responsabilité. A vrai dire, il n’a pas de mal à y consentir. Cet après-midi encore, invité aux célébrations du 150ème anniversaire du Parti Social-Démocrate allemand,  François Hollande a témoigné du choix qui est le sien : ignorant ostensiblement l’oeuvre théorique et pratique si fertile de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, le Président français n’a rien trouvé de mieux que de vanter le détricotage en règle auquel s’est livré Gerrard Schröder préparant ainsi le terrain à la sinistre Mme Merkel.

La langueur pour François Hollande, c’est une méthode de gouvernance : comme son prédécesseur, il cherche à construire un état d’abattement extrême du peuple pour pouvoir imposer ses contre-réformes : voyez la mascarade : jeudi dernier, François Hollande faisait enterrer par les solfériniens habitués à bêler en cadence l’amnistie des nôtres, des militants associatifs et syndicaux qui pendant des années avaient tenu la tranchée face aux politiques réactionnaires de Sarkozy. Nos parlementaires et notamment nos amis et porte-drapeaux Christian Favier et Laurence Cohen avaient bataillé au Sénat pour faire adopter un texte, fut-il amoindri. Mais dès le lendemain 17 mai, comme une fleur, Hollande faisait annoncer par Bernard Cazeneuve, successeur du triste Cahuzac au budget, que les délinquants à la fraude  fiscale qui rapatrieraient en France l’argent qu’ils ont dissimulé à l’étranger seront à l’abri de poursuites judiciaires. Ceux qui soustraient au fisc et donc à tous les français 80 milliards seront à l’abri quand celui qui jette un œuf pour défendre son emploi est traduit devant les tribunaux ! Peut-être pourrait-on aller récupérer en Suisse des œufs Fabergé pour voir si on est en droit de les lancer ?

Tout ceci pourrait être drôle si on n’apprenait pas tout à l’heure que ce matin, des syndicalistes, les 5 de Roanne, ont vu la police débarquer chez eux pour les embarquer. Leur « crime » ? Avoir tagué un mur pendant la grande mobilisation contre soi-disant réforme des retraites de 2010. Depuis, non seulement ils n’ont pas été amnistié, mais ils ont été reconnus coupables sans que le juge daigne rendre leur peine exécutable au motif de l’absurdité des poursuites. Ils étaient pourtant convoqué hier pour un prélèvement ADN, comme des criminels. Ils ne s’y sont bien sûr pas présentés et ont donc vu ce matin les services de Manuel Valls faire diligence pour venir les chercher chez eux. Honte à ce gouvernement qui criminalise l’action syndicale comme le faisait son prédécesseur ! 230513_3

Mais la langueur, c’est aussi une forme aigue de mélancolie. Celle qui nous touche au plus profond de nous quand on voit François Hollande s’assoir sans scrupules sur une histoire, des acquis sociaux, des conquêtes universelles qui sont celles de la classe ouvrière. Le droit du travail qui s’est construit par une superposition de luttes, balayé la semaine dernière avec l’adoption de l’accord Medef qui sécurise la flexibilité.

Et voilà que les retraites sont déjà dans la ligne de mire : comme son prédécesseur, François Hollande nous ressert la complainte de l’allongement de l’espérance de vie comme prélude à l’allongement de la durée de cotisation ! Alors qu’au contraire c’est parce qu’on travaille moins longtemps qu’on vit plus vieux ! Comme Sarkozy, Hollande veut baisser les pensions : c’est ce qu’il a indiqué en désindexant les retraites complémentaires sur l’inflation. Et il annonce déjà vouloir étendre cette régression aux pensions de base !

Ca suffit ! Quand le peuple est en dynamique, et nous le sommes comme l’a prouvé le formidable élan du 5 mai, la langueur devient colère et nourri la résistance. Pour nous, les retraites, c’est toujours 60 ans pour tous et à taux plein, c’est le refus de l’allongement de la durée de cotisation et pas une seule retraite sous le Smic. Que François Hollande vienne s’y frotter et il nous trouvera face à lui, au poste de combat, là où nous étions en 2010 face à Nicolas Sarkozy !

230513_6Nous ne laisserons pas les solfériniens faire le sale boulot des libéraux et abattre la retraite par répartition. Nous ne sommes pas impressionnés par leurs arguments de comptables qui se cachent dans un trou dès qu’ils voient un cigare de financier ou la culotte dorée d’un membre de la Troïka. Hollande comme Sarkozy veut nous faire le coup du déficit ? Diable ! Il manquerait 14 milliards pour équilibrer les caisses !  14 milliards !

Commençons par taxer les revenus financiers et ce seront 20 milliards d’euros que nous récupèrerons, soit plus que le déficit des retraites prévu pour 2020. Supprimons les aides fiscales pour l’épargne retraite par capitalisation et nous aurons 2 milliards de plus d’argent de poche.  Se donner les moyens d’une autre répartition de l’immense richesse de notre pays n’est pas un problème pour peu qu’on assume le rapport de force.

Pourquoi avoir octroyé à l’automne 20 milliards sans contreparties aux entreprises à travers le pacte de compétitivité, tout ça pour se retrouver avec une boîte comme Sanofi qui a bénéficié en 2011 de 130 millions de crédit d’impôts, qui a réalisé 8,2 milliards de bénéfices en 2012 dont près de 45 % vont aux actionnaires sous forme de dividendes, et qui enchaîne les plans sociaux, déguisés ou non, comme peuvent en témoigner nos camarades syndicalistes des sites de Vitry et d’Alfortville solidaires des leurs à Toulouse ou ailleurs ?

Pourquoi  maintenir ces 30 milliards absurdes d’exonérations de cotisations sociales diverses et variées mais surtout sans utilité économique, sociale ou écologique qui sont accordées aux entreprises ?

Pourquoi se coucher devant la niche Copé sur la cession des plus-values des entreprises qui à elle seule coûte 12 milliards (pic 2008) et qui permet aux patrons voyous de se faire rémunérer par l’état pour démembrer une entreprise ou spéculer sur son dos ? Et devinez quoi ? Le bon Président Hollande n’a rien trouvé de mieux jeudi dernier lors de sa conférence de presse pour lancer l’An II que d’étendre un peu plus la niche Copé !

A propos de l’An II revendiqué par François Hollande, Foutre, c’est une bien bonne chose que le Président aille se ressourcer aux racines de la grande Révolution. S’il a deux minutes, il pourra lui aussi faire un petit cours à son ami Luc Carvounas, vous savez celui qui nous traite de Robespierre en croyant nous faire injure, celui qui considère que la Terreur c’est la dictature, que la dictature c’est le fascisme et que le fascisme c’est le communisme !  En même temps, avec un prof comme Hollande, il n’est pas tiré d’affaire : car Monsieur le Président, ne vous en déplaise, la première mesure significative de l’An II le 29 septembre 1793 à la convention après avoir été portée par Maximilien Robespierre dès le 4 mai, ça a été d’instaurer un maximum des prix des denrées et des salaires ! Et vous, vous laisser les 40 patrons du Cac 40 s’auto-distribuer 135 millions d’euros en 2012 !230513_24

S’il vous faut des références pour savoir comment faire, demandez-nous plutôt ! Nous on sait faire. Par exemple, sur le plan économique on pourrait, et je m’accroche à mes notes :

Instaurer une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;

Instaurer une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général ;

Intensifier la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;

Rendre à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;

Développer et soutenir des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;

Permettre l’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

Ce que je viens de vous lire mes camarades, c’est la feuille de route. La nôtre bien sûr. Mais c’est d’abord celle des Jours heureux. Ces quelques lignes, c’est le programme économique du conseil national de la résistance dont on fêtera dans quelques jours, le 27 mai prochain, les 70 ans de la première réunion autour de Jean Moulin.

Voilà ce qu’aujourd’hui encore nous devons décliner plutôt que s’y attaquer méthodiquement comme le souhaitait Denis Kessler, l’ex numéro 2 du Medef, qui a malheureusement trouvé l’oreille des puissants de tous bords !

Cette feuille de route aujourd’hui, c’est la création d’emplois plutôt que la stupide politique de l’offre qui ne sert au serpent qu’à se mordre la queue en étouffant toute activité. Pensez : 1 millions d’emplois créés, c’est 5 milliards en plus dans les caisses de retraite. Voilà qui réglerait déjà le problème.

Cette feuille de route aujourd’hui, c’est la création d’un pôle financier public et non une banque publique d’investissement qui reprend aux collectivités locales d’une main ce qu’elle leur donne de l’autre. Avec un vrai pôle financier public, une PME de 100 salariés qui emprunterait 6 millions d’euros pour investir le ferait à un taux qui lui ferait économiser 341 € par mois et par salarié par rapport aux taux pratiqués par les vautours de la finance. Voilà qui financerait l’augmentation du SMIC à 1700 € par mois qui relancerait l’activité.

Cette feuille de route aujourd’hui, c’est une réforme complète de l’impôt  sur le revenu, cette grande réforme fiscale qu’Hollande et Cahuzac affirment avoir déjà achevé ! Pourtant, il y a de quoi faire en instituant une vraie progressivité de l’impôt avec 14 tranches, en mettant en place un revenu maximum. Voilà qui rapporterait 20 milliards d’euros. On peut y ajouter la mise en place d’une TVA grand luxe sur l’inutile des choses si nécessaires aux belles personnes : 9,1 milliards d’euros. Une paille ! Mais cela nécessite de bousculer l’actuelle répartition des richesses.

Camarades, nous avons tirés de nos glorieux aînés un programme mais aussi une méthode. La résistance est nécessaire. Mais elle doit trouver la voie de son propre débouché politique. Cela se fait par des un programme et des propositions concrètes. Nous les avons. C’est l’Humain d’abord, ce sont quelques unes des mesures que je viens de vous exposer et qui ont fait l’objet d’un premier contre-budget réactualisé au rythme des renoncements de François Hollande.

230513_20Nous avons l’outil pour le porter : c’est le front du peuple en marche, celui qui a envahi la Bastille le 5 mai et dont les répliques régionales témoigneront de la marée de la révolution citoyenne aux côtés de nos amis européens d’Espagne, du Portugal, de Grèce, d’Italie dans une dizaine de jours.

C’est enfin une méthode : la 6e République. La 6e  République n’est pas un objet en soi. C’est le processus de sa mise en œuvre qui crée le mouvement et qui donc structure son contenu. C’est par l’élection d’une assemblée constituante que nous verrons se façonner une 6e République qui portera la citoyenneté dans l’entreprise comme le réclamait Jaurès. C’est d’elle que sortira la règle verte qui veut que l’on ne prenne pas à l’écosystème plus qu’il ne peut restituer. C’est par elle que nous redéfinirons les sphères du bien commun, de ce qui est utile et nécessaire à tous, que nous ferons primer l’intérêt général sur les intérêts particuliers. C’est par la 6e République que le peuple retrouvera et exercera sa souveraineté.

A l’heure où François Hollande entend parachever sa symphonie libérale et la traduire politiquement avec cette folle idée d’union nationale qu’il revendique déjà pour l’Europe, il serait bon qu’il se souvienne que la langueur si brûlante sous la plume de Verlaine était aussi au micro de Radio Londres l’appel à un peuple marchant et debout :

 « Les sanglots longs /  Des violons /  De l’automne /  Blessent mon cœur /  D’une langueur / Monotone »

L’Histoire était en marche. La révolution citoyenne l’est aussi.

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