10 mai 1793 – 10 mai 2013 : les leçons de Robespierre

Robespierre 2La grande révolution française de 1789 est un tout. La rupture avec l’ordre établi y a progressivement nourri la question sociale et s’y est inversement renforcée pour définir une convergence universelle. A sa façon, la révolution citoyenne est elle aussi un processus en construction dont le 5 mai 2013 est désormais un point d’étape décisif. La marche citoyenne contre la finance et l’austérité et pour la 6e République qui a déferlé entre Bastille et Nation a marqué la jonction entre la fulgurance de la lutte des classes et la réappropriation par le peuple de son désir, de son besoin et de son devoir de souveraineté. Cette subtile alchimie du 5 mai doit maintenant être stabilisée. C’est la méthode pour y parvenir qui nous est donc posée.

Les meilleurs des nôtres, confrontés au même défi, nous ont livré des éléments de réponses. Il y a 220 ans jours pour jour, le 10 mai 1793, Maximilien Robespierre montait à la tribune de la Convention pour y prononcer son inoubliable discours Gouverner la République : « L’homme est né pour le bonheur et pour la liberté, et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être, et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées ; les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution ».

Pour y parvenir,  Robespierre propose l’instauration d’un cadre qui refuse que « l’intérêt des hommes en place » devienne la mesure de l’intérêt général, un cadre qui se substitue aux institutions qui ont « l’art de dépouiller et d’asservir le grand nombre au profit du petit nombre ». Ce que propose Robespierre, c’est une économie politique populaire. Mais c’est au souverain à assumer son devoir et à la mettre en œuvre par la force de la loi suprême : une nouvelle constitution : « C‘est à vous maintenant de faire [votre métier], c’est-à-dire de rendre les hommes heureux et libres par les lois. ».

Pour  Robespierre, la constitution correspond donc à une réponse d’ensemble. C’est une ligne d’action à mettre en œuvre pour faire face en un même mouvement aux ravages de la misère qui frappe le pays, aux trahisons des ennemis de l’intérieur et à l’affaissement des velléités transformatrices d’une partie du corps politique.

Quelques jours auparavant, le 4 mai 1793, après le printemps de la vie chère et les émeutes de mars, la loi du maximum départemental des prix des grains et des farines était en effet votée. Dumouriez avait trahi, la Vendée s’enracinait dans le sol de l’ancien régime, la Gironde tenait la Convention et se faisait plus ardente que jamais contre la Montagne de peur de voir les intérêts des siens remplacés par l’intérêt général. L’ordre ancien se cambrait et la question sociale dessinait chaque jour plus nettement les contours entre l’oligarchie et le peuple. Le 8 mai 1793, aux Jacobins, Robespierre les précisait d’ailleurs : « Celui qui n’est pas pour le peuple, celui qui a des culottes dorées est l’ennemi de tous les sans- culottes. Il n’existe que deux partis, celui des hommes corrompus et celui des hommes vertueux […]. Il n’est que deux classes d’hommes, les amis de la liberté et de l’égalité, les défenseurs des opprimés, les amis de l’indigence, et les fauteurs de l’opulence injuste et de l’aristocratie tyrannique. Voilà la division qui existe en France. Eh bien ! Ces deux classes d’hommes doivent être séparées si l’on veut éviter la guerre civile. »

C’est pourquoi alors même qu’il définissait ainsi la nature de l’objectif politique : « La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là », Robespierre rappelait que la méthode pour l’atteindre suivait un chemin plus sinueux mais plus large : pour instituer et enraciner le partage comme règle commune, il fallait faire tomber l’oligarchie ; pour faire tomber l’oligarchie, il fallait offrir au peuple le plus grand dénominateur commun à ses aspirations : l’élargissement de ses droits politiques, la refondation d’une société qui repose sur la vertu, c’est-à-dire le bonheur par le souci de l’intérêt général.

Voilà donc avec 220 ans d’écart les germes qui ont commencé à fleurir le 5 mai lors de la marche citoyenne contre la finance, l’austérité et pour la 6e République. La leçon de Robespierre que chacun-e peut célébrer par la relecture de son discours Gouverner la République, nous l’avons traduite à notre façon en concluant notre marche du 5 mai en franchissant place de la Nation ce portail symbolique sur lequel était imprimé : « Ensemble jusqu’à la 6e République ». L’oligarchie sait désormais que le peuple vient reprendre ses droits  et en définir de nouveaux. Ceux qui institueront à tous les niveaux le partage par la transformation sociale, démocratique, écologique et républicaine de la société. Vite, la constituante !

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