Le 5 mai : acquis, marche et perspectives

5 maiLe dimanche 5 mai, le peuple est appelé à refaire sienne la Bastille et à marcher pour une 6° République débarrassée du spectre de la finance, affranchie des griffes de l’austérité, et libérée de la poigne de l’oligarchie. Le 5 mai est une étape, mais c’est aussi dès à présent un acte politique posé qui apporte sa propre réalisation.

La 6° République s’est matérialisée dans cette marche citoyenne. D’une perspective politique, elle est non seulement devenue une réalité palpable mais elle s’est aussi imposée au gré des dépravations publiques qui se succèdent comme un fait inéluctable. Le signal a façonné l’objet. L’appel de Jean-Luc Mélenchon début avril à une marche citoyenne pour une 6° République a imposé dans les esprits, et donc demain dans les faits, cette double évidence : une 6° République succèdera à la 5°, et c’est maintenant que cela va se passer.

S’il doit encore être consolidé face à la réaction et aux conservateurs de tous poils qui s’arc-boutent sur les vestiges de l’ordre ancien, c’est là un acquis décisif. Le combat politique pour la 6° République peut désormais se nourrir du processus constituant lui-même et du contenu que l’on souhaite donner à cette 6° République.

La prochaine étape est donc celle de l’appartenance au processus en cours. Il ne suffit pas de déclarer que la 6° République doit être faite par et pour le peuple. Il faut permettre au peuple de se saisir de l’outil qui y conduit. C’est le processus constituant. Son émergence est  l’un des objets de la marche du 5 mai. Ceux qui auront chaussé leurs souliers le 5 mai ne diront pas par la suite « J’y étais ». Non, ils auront restauré l’image du peuple un et indivisible qui refuse de se séparer avant de s’être donné les moyens de définir le cadre le plus approprié pour exercer sa souveraineté.

Bien sûr, il est toujours des mauvais coucheurs qui surfent sur l’écume et remballent leurs idéaux de peur d’avoir à partager leur avantages si sournoisement acquis. Voyez ces cinq membres d’Europe-Ecologie-Les Verts qui partent en croisade contre la marche citoyenne du 5 mai dans une tribune publiée dans Libération jeudi 18 avril. Pour effacer l’appel de leur ancienne candidate à la présidentielle Eva Joly de participer à cette initiative, pour tenter d’étouffer la vague des écologistes qui rejoint les rangs de la marche, ils sont prêts à inverser les polarités et coupler leur ralliement au libéralisme économique par un abandon du libéralisme politique. Atroce renoncement que le leur lorsqu’ils évoquent « la réunion d’une constituante sans perspective ». Eux seuls seraient donc assez éclairés pour rédiger cette 6° République qu’ils appellent de leurs vœux ? Mépris de classe, réflexe de caste.

Car bien sûr, en parallèle, doit émerger la visée politique de cette 6° République. L’égalité des droits, partout dans la société. Le partage. L’émancipation. L’appropriation sociale, de l’utile et du nécessaire. La 6° République doit être celle de l’extension de la sphère citoyenne dans la société. C’est en mettant nos pas dans ceux de Jaurès que nous devons prolonger notre combat et marcher vers de nouveaux droits dans l’entreprise.

La 6° République doit répondre aux conditions d’existence du temps présent et se donner les moyens de faire face au capitalisme financiarisé omnipotent. La 6° République doit porter en elles les germes pour s’enraciner car les forces réactionnaires feront tout pour lui barrer le chemin. Voyez Pierre Gattaz, candidat favori à la Présidence du Medef, essayer de couper court à toute velléité en affirmant cette semaine : « L’entreprise est un bien essentiel au pays : c’est le seul endroit où l’on crée de la richesse et il faut que les français l’entendent ». Ce faisant il envoie un message aux siens : nous défendrons notre pré carré. Mais il cherche aussi à reprendre la main en superposant richesse et plus-value de manière à nier le bien commun et l’intérêt général.

L’annonce de la marche citoyenne du 5 mai a agi telle est une lame de fond. Des forces sont déjà en mouvement. Le 5 mai en lui-même ne sera qu’une étape. Son prolongement nous appartient. De symboles en étapes, l’Histoire est là pour nous éclairer et nous fournir l’intrinsèque articulation pour l’émancipation du peuple. Le 5 mai 2013, le peuple se retrouvera à la Bastille 224 ans jour pour jour après que l’ouverture des Etats généraux ait lancé la grande révolution française. Le tournant de l’Histoire était alors engagé depuis des mois. Les Etats généraux étaient l’occasion de porter le fer mais rien n’était encore acquis. Le processus était déjà inéluctable pour peu que le peuple assume la puissance qu’il représentait et brise le vote par ordre. 29 ans plus tard, un 5 mai 1818, Karl Marx voyait le jour. A l’unité et l’indivisibilité du peuple, il allait fournir « la possibilité positive de l’émancipation ». Celle qui réside « dans la formation d’une classe chargée de chaînes radicales, d’une classe de la société civile qui n’est pas une classe de la société civile, d’un ordre qui est la dissolution de tous les autres, d’une sphère qui possède un caractère universel en raison de ses souffrances universelles, d’une sphère enfin qui ne peut s’émanciper sans s’émanciper de toutes les autres sphères de la société et, partant, sans les émanciper toutes. »

 Voilà ce qu’est le 5 mai, cette jonction qui fait du peuple un acteur pensant et debout de l’Histoire. La marche est enclenchée. La suite reste à écrire. Par et pour le peuple.

 

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