En voiture Mosco !

MoscoviciPierre Moscovici est à quai. Assis dans l’express de l’austérité, il contemple la fenêtre et ne sait pas si le mouvement que lui indique son sens visuel provient de sa propre mise en mouvement ou de celle du train libéral qui est sur la voie contigüe à la sienne. Curieuse mais trop connue perte de repères. L’édition du journal le Monde daté du 20 avril nous rapporte ainsi qu’ « arrivé quelques heures plus tôt à Washington pour représenter la France au G20, le ministre de l’économie et des finances[…] était tout disposé à faire partager sa satisfaction par téléphone, dans la nuit du jeudi 18 au vendredi 19 avril, après les propos prononcés par son homologue suédois dans le cadre d’un colloque sur la zone euro organisé par la Fondation Bertelsmann et le Financial Times. « L’entendre dire que, s’il était ministre en France, il suivrait la même politique que nous, c’est quand même un signe très fort. Il y a un an, un libéral comme lui n’aurait pas du tout dit la même chose, cela prouve que les termes du débat ont changé, et nous ne pouvons que nous en féliciter », explique M. Moscovici.

Pour Pierre Moscovici, c’est donc Anders Borg, ministre des finances (Parti du rassemblement modéré, centre droit)  du gouvernement de Fredrik Reinfeldt qui, partant de loin dans l’orthodoxie libérale, viendrait sur les positions françaises. Il n’est pas venu un instant à l’esprit lucide de Pierre Moscovici que la politique économique qu’il inflige à la France puisse s’apparenter chaque jour un peu plus au dogme dont Anders Borg s’est fait le chantre.

Se féliciter des bons points octroyés par Anders Borg, c’est déjà prendre celui-ci comme repère. Mais qui est Anders Borg ? A coup sûr un dépeceur de la Grèce et un bourreau de son peuple. C’est lui qui déclarait en 2011 au quotidien allemand Die Welt : « La Grèce doit faire plus, c’est ce que l’Estonie et la Lettonie ont fait et ces pays ont réussi ». Le 12 octobre 2012, il déclarait encore à la radio publique SR, qu’il serait préférable pour la Grèce d’abandonner l’euro afin de redresser son économie.  C’est finalement peut-être cette passion méditerranéenne que Pierre Moscovici partage avec son homologue : l’un était partisan de la saignée à blanc du peuple grec, l’autre voulait faire les poches des chypriotes. Qui est qui ?

Mais le curriculum d’Anders Borg ne s’arrête pas là. Ses états  de service sont tellement bons qu’il a été élu en 2011 meilleur ministre des finances de l’Union Européenne dans le classement du Financial Times, qui prend en compte « la capacité politique, la performance économique et la crédibilité sur les marchés » de chacun des ministres des principaux pays européens. Tout un programme. A l’occasion, il assumera sans sourciller l’héritage de Friedrich Hayek, clé de voûte de l’école libérale de Chicago qui a essaimé dans toutes les institutions économiques qui font leurs ravages aux quatre coins de la planète.

Fol aveuglement que celui de Pierre Moscovici qui n’a plus que l’horizon de l’austérité comme point de repère. La quête absurde n’est malheureusement pas finie quand l’on entend le Président Hollande annoncer (Le Monde du 20 avril) travailler sur la séquence suivante de son quinquennat qui reposera sur « compétitivité-croissance-investissement-emploi », le premier des quatre piliers annihilant immanquablement les trois suivants.

Dans ce sourire crispé qu’il jette par la fenêtre, Pierre Moscovici s’aperçoit qu’il s’est finalement mis en marche. A l’illusion du mouvement a succédé la réalité de la course éperdue vers l’abyme de l’austérité qu’il livre à Anders Borg et au reste de la clique libérale.

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