Thiriez la chasse !

ThiriezFrédéric Thiriez, président de la ligue de football professionnel (LFP), pue l’oligarchie à plein nez. Homme de tous les pouvoirs, il juge les décisions politiques en fonction non pas des intérêts de l’organisation qu’il représente mais bien en fonction des seuls intérêts de sa classe. Ainsi, il s’est emporté vendredi 29 mars sur la taxation à 75% des revenus dépassant 1 million d’euros que le président de la République a expliqué vouloir désormais faire payer aux entreprises, et non plus aux personnes physiques : «On étrangle les clubs ! Après avoir essayé de s’en prendre aux joueurs, on s’en prend à présent aux PME que sont les clubs professionnel ».

Déjà, le 29 décembre dernier, il se pavanait suite au rejet par le conseil constitutionnel de la première mouture de cette mesure. «Le football professionnel a eu bien raison de se battre ! Depuis le début, nous tirons la sonnette d’alarme sur les dangers d’une telle taxation. Dangers pour le football français avec des conséquences désastreuses pour les clubs sans que les finances publiques s’y retrouvent, au contraire, avec l’exode des meilleurs joueurs. Nous nous sommes donc battus, y compris devant le Conseil constitutionnel et nos observations ont été entendues. Le droit a prévalu. Face à une grave menace pour son avenir, le football professionnel français, solidaire, a remporté une belle et indispensable victoire collective» (voir l’article Thiriez éliminé par les vrais amateurs).

Mais regardons-y de plus près : la moyenne des salaires des joueurs de Ligue 1 (sans parler donc des salaires des joueurs professionnels des divisions inférieures) est de 40.000€ par mois soit 480.000€ annuels. Les écarts de salaire étant vertigineux, 110 joueurs de Ligue 1 sur 530 gagneraient plus d’un million d’euros soit le cinquième d’entre eux. Soit deux joueurs par équipe. Beaucoup moins si on considère que seuls quelques clubs trustent de tels joueurs et qu’ils ont la manne financière pour assumer ces rémunérations aberrantes à coups de pétrodollars ou d’héritages de marques sportives. Ce n’est donc pas le football professionnel que défend Frédéric Thiriez, c’est sa caste des nantis et ceux qui l’exploitent.

C’est pour cela que le glissement opéré par François Hollande pour faire passer cette taxe des épaules des millionnaires sur celles des entreprises est absurde et ne règle rien : que croyez vous que feront les puissants au regard du rapport de force entretenu en leur faveur au sein des entreprises ? Qu’une illumination soudaine et le sens du collectif les amèneront à baisser leurs salaires ? Ou au contraire que ces sommes folles seront maintenues et ponctionnées sur la part des salariés ?  Non seulement François Hollande laisse les puissants se baffrer, mais il leur propose de faire payer leur gabegie par les travailleurs ! Pitoyable bricolage.

Le football reproduira lui aussi cette logique comme il reproduit la pensée dominante des puissants. Frédéric Thiriez a toute sa place aux côtés des thuriféraires de la doxa budgétaire au service de l’ordre libéral. Si les salaires stratosphériques ne sont pas pour lui un problème, le déficit est par contre appelé à la rescousse pour occulter le débat. Il ne manque ainsi jamais de rappeler que le déficit des clubs de L1 et L2 s’élevait au 30 juin 2012 à 107 millions d’euros contre 63 millions un an avant. Mais s’est-il seulement posé la question de l’origine de ce déficit ou celui-ci lui sied-il si bien qu’il prend appui dessus pour réclamer toujours plus, comme cette compensation à la taxe des 75% que lui et Noël le Graët, président de la fédération française de football et maire « socialiste » de Guingamp pendant 14 ans, réclament de manière indigne à l’Etat ?

Thiriez n’est pas Thiriez par hasard. Il est le fruit de l’oligarchie qui dissémine ses pions dans tous les cercles. Ancien rat de cabinet, il fait désormais le lien entre les sphères du pouvoir politique et le giron économique. Car Frédéric Thiriez, a fait ses armes dans les cabinets ministériels de Gaston Deferre en 1981 (à l’intérieur et à la décentralisation) et 1984 (au Plan et à l’aménagement du territoire) ou Joseph Franceschi en 1982 (sécurité publique) avant d’animer dans les années qui suivent l’équipe de Michel Rocard. Devenu en 2002 président de la LFP, c’est lui qui a fait s’envoler les droits TV de Ligue 1 qui s’élevaient alors 271 millions d’euros par an pour les porter à près de 670 millions d’euros en 2011/2012 ! Bilan des opérations ? Toute la diffusion du football français est privatisée voire quatarisée avec l’arrivée cette année de Bein Sport. C’est encore lui qui a porté en 2004 un la loi sur le « droit à l’image collective » qui visait à alléger les « charges » des clubs, en plaçant les sportifs sous le régime des artistes.

C’est cette même logique qu’il défend désormais au grand jour comme lorsqu’il déclare à propos de la taxe à 75% : «La nouvelle taxation va coûter aux clubs de L1 82 M€, soit une augmentation brutale des charges de 30%, alors qu’ils sont déjà en difficulté financière, qu’ils ont dû absorber une charge supplémentaire de 50 M€ avec la suppression du Droit à l’Image Collective et qu’ils subissent déjà les charges sociales les plus élevées en Europe», avant d’en appeler à la compétitivité, nouveau leitmotiv des libéraux de tous poils : «Avec ce coût du travail délirant, la France va perdre ses meilleurs joueurs, nos clubs verront leur compétitivité en Europe plonger et l’Etat y perdra ses meilleurs contribuables. C’est une opération « perdant-perdant »».

Les libéraux ne sont et ne seront jamais rassasiés. Voilà ce que François Hollande ne peut comprendre pas pour avoir trop avalisé leurs objectifs et leurs méthodes. Non content d’avoir refusé de leur imposer un rapport de force lors de son arrivée au pouvoir, il leur sert encore et toujours la soupe comme ce jeudi sur France 2. Ce faisant, il se place dans la main de la bande de l’entre-soi et des intérêts de classe. Thiriez et ses acolytes sont indécrottables. A moins de tirer la chasse.

2 commentaires sur “Thiriez la chasse !

  1. Merci pour cet article très documenté et argumenté !

  2. […] Frédéric Thiriez est un habitué des cabinets ministériels solférinistes (voir l’article Thiriez la chasse sur le sujet). Depuis, l’imposition à 75% des salaires des footballeurs supérieurs à un million […]

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