Robespierre expliqué à Luc Carvounas

CarvounasMerci à toi, Citoyen Carvounas ! En traitant Jean-Luc Mélenchon de «petit Robespierre de mauvaise facture» qui «éructe» des propos «violents et outranciers contre le président de la République», le secrétaire aux relations unitaires (sic) du PS que tu es ne pouvait nous procurer plus grand plaisir. Comparer notre porte-drapeau au grand Maximilien Robespierre est un honneur qui rejaillit sur chacun-e d’entre nous.

Nous apprécions à sa juste mesure la reconnaissance que tu nous accordes pour nos combats incessants pour l’humanisme radical directement rattachés à l’homme qui a donné et proposé la citoyenneté pour les Juifs, qui a proposé l’abolition de l’esclavage, qui a fait voter la reconnaissance des enfants naturels, qui a été le premier à défendre le suffrage universel, qui a proposé le contrôle des prix des produits de première nécessité, celui-là même qui déclarait : « La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là ».

Aux côtés de Robespierre qui s’élevait contre le veto royal, tu nous reconnais le refus de livrer la souveraineté populaire à l’oligarchie guidée par la finance et le profit . Bien sûr, tu n’étais pas à nos côtés pour rejeter le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de l’Union Européenne et la règle d’or. Tu en étais au contraire le porteur zélé. Mais nous ne doutons pas que ta plongée dans le cœur de l’histoire socialiste ait quelques vertus pédagogiques.

Nous constatons que tu sais reconnaitre la clairvoyance politique de ceux qui, s’extrayant du purin des intrigues et des vices, savent s’élever pour faire le choix de l’intérêt général et chevaucher l’insubmersible espérance de la révolution. Certes, cela ne t’en fait pas sortir pour autant puisque tu préfères par la mauvaise foi réduire le champ des possibles et jouer la politique du pire pour éviter de te confronter politiquement au débat argumenté au sein de la gauche. Ainsi, tu déclares à propos de Jean-Luc Mélenchon : «Il devrait savoir plus qu’un autre qu’il n’y a pas d’autre gauche possible, sinon une autre droite qui s’installera au pouvoir». Tu en appelles donc de nouveaux aux chiens de garde du système car tu sais qu’ils sont encore, mais pour combien de temps, l’ultime parapet qui t’empêche de plonger.

Qu’importe. Tes nouvelles références nous rassurent. Nous savons maintenant que lorsque tu déclares sur France-Inter le 27 février 2012, jour de l’examen au Sénat de la loi d’amnistie des militants syndicalistes et associatifs : « Nous ne pouvons pas accepter d’amnistier que ce soit hier, aujourd’hui ou demain, des dégradations de service-public, de sous-préfectures. Cela, un parlementaire, nous sommes dans un état de droit, ne peut pas le cautionner. Nous ne le cautionnerons pas », tu n’en oublies pas moins la réponse de Robespierre à un député qui demandait en 1789 des mesures contre les émeutes paysannes : « On parle d’émeutes ! Cette émeute messieurs, c’est la liberté. Ne vous y trompez pas ; le combat n’est pas à sa fin ». Sans cette sagesse qui est tienne, j’avoue que nous nous aurions pu croire que tu préparais le terrain à Mme Parisot, présidente du Medef, qui cherche à assimiler l’amnistie sociale à un encouragement au « cassage » quand c’est la violence patronale, les licenciements boursiers, les délocalisations spéculatives qui organisent le saccage de notre pays, la destruction de l’outil de travail et des droits des travailleurs.

Bien sûr, nous ne te faisons pas grief de n’avoir pas tout assimilé. Quand tu refusais à l’automne 2012 au peuple le droit de s’exprimer par référendum sur le TSCG, il était difficile pour toi de mettre cela en relation avec les mots de Robespierre qui s’interrogeait : « La loi est l’expression de la volonté générale lorsque le plus grand nombre de ceux pour qui elle est faite ne peuvent concourir, en aucune manière, à sa formation ? Non…que serait votre constitution ? Une véritable aristocratie…Et quelle aristocratie ? La plus insupportable de toutes, celle des riches ».

Heureusement, nous savons la distance qui te sépare d’un Jean-François Copé qui s’offusquait le 27 mai 2012 dans Le Point à propos de Jean-Luc Mélenchon que « Robespierre est son héros alors qu’il s’agit d’un tyran sanguinaire qui a déshonoré la Révolution française ». Tu n’es heureusement pas de ceux qui comme la droite la plus réactionnaire sont guidés par cette haine de classe qui les pousse à essayer d’effacer la Révolution des françaises des tablettes de l’Histoire en s’escrimant sur Robespierre faute d’avoir pu le réduire au silence en l’envoyant à l’échafaud.

Face à ceux-là, l’histoire socialiste est le meilleur rempart. Cette histoire, c’est celle de la révolution que Jaurès se plaisait à raconter et qui lui permettait de s’y glisser par une mise en abime : « Ici, sous le soleil de juin 93 qui échauffe votre âpre bataille, je suis avec Robespierre et c’est à côté de lui que je vais m’assoir aux Jacobins ». Et toi Citoyen Carvounas, où es-tu ?

2 commentaires sur “Robespierre expliqué à Luc Carvounas

  1. InternetDev dit :

    Dans la couche de Valls … il se met de l’huile

  2. […]  vous vous en êtes pris mesquinement au grand Robespierre en voulant salir Jean-Luc Mélenchon (lire ici). Je l’ai surtout fait lorsque vos positionnements et actions rompaient avec l’héritage, les […]

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