Peillon et ses jeux de cour de récréation

cour récréationJacques a dit : L’école, c’est lire, écrire, compter

Xavier (Darcos) a dit : L’école, c’est lire, écrire, compter (30 janvier 2008)

Vincent (Peillon) a dit : L’école, c’est lire, écrire, compter (20 février 2013)

Interrogé mercredi 20 février 2013 sur France-Info, Vincent Peillon livrait le fond de sa pensée et ce faisant le fond de sa réforme : « Cette réforme portée par l’Education Nationale, elle vise à faire que nos enfants réussissent mieux à quoi ? Lire, écrire, compter ».

Le ministre avoue finalement ce que d’aucuns avaient deviné depuis longtemps : son décret sur les rythmes scolaires du 26 janvier dernier est intimement corrélé à la future loi d’orientation scolaire et notamment au socle commun qui en est le cœur. Pire, ce décret s’oppose frontalement à l’ambition d’une école de l’égalité et de l’émancipation. Le décret sur les rythmes sert de perce-muraille pour décliner et mettre en oeuvre concrètement le socle commun. En externalisant des savoirs et des apprentissages par le biais des activités périscolaires, Vincent Peillon prépare la segmentation entre un socle minimaliste et utilitariste enseigné à tous quand la voie vers un haut niveau de culture commune, passerelle vers l’émancipation individuelle et collective, sera réservée à quelques-uns au gré des activités proposées.

Vincent Peillon aura beau jeu d’assurer que les collectivités locales auxquelles il aura délégué la tâche d’assurer ce qui hier relevait de l’éducation nationale s’acquitteront de leur mission. Ce n’est pas vrai ! Non seulement elles ne pourront pas le faire dans un cadre républicain qui préservera l’égalité entre les territoires et donc entre les élèves, mais elles sont déjà placée devant l’incapacité matérielle d’y répondre tant elles sont étranglées par le nœud coulant que le gouvernement, dans sa course folle vers l’austérité, a annoncé serrer plus encore en 2014 et 2015 en baissant leurs dotations de 3 milliards d’euros.

Puisque les collectivités locales n’y arriveront pas, elles commenceront par faire payer les familles, rompant ainsi le principe de gratuité de l’école et ce faisant l’obligation scolaire qui ne peut exister sans la gratuité. Ou alors elles externaliseront à leur tour les missions qui leur auront été confiées. Les officines de toutes sortes s’en frottent déjà les mains. Darcos l’avait rêvé, Peillon l’a fait.

La démarche de Vincent Peillon est injustifiable pour qui se place dans le camp des progressistes et de l’humanisme radical. Sans doute est-ce pour cela qu’il se voit contraint de reprendre la vulgate libérale pour vendre sa réforme. Sur France-Info, il se référait ainsi aux évaluations internationales, telle PISA, construites à dessein par les détricoteurs de tous poils. Selon lui, les élèves français ont des « résultats très mauvais, de plus en plus mauvais ». Selon lui, c’est même à cause de notre école que « nous accroissons les inégalités ». Voilà comment Peillon sans le dire rejoint son collègue Cahuzac pour nier la lutte des classes et les inégalités sociales initiales et les faire endosser par les institutions républicaines. Que l’école soit insuffisante à réduire les inégalités, c’est indéniable. Qu’elle reproduise les inégalités, Bourdieu nous l’a enseigné. Mais qu’elle les fabrique, voilà qui est reprendre à son compte l’argumentaire des libéraux qui s’échinent depuis 20 ans à discréditer l’école de la République pour mieux la brader.

Alors l’oligarchie envoie ses valets prêcher la bonne parole. Antoine Prost, historien de l’éducation, publiait comme par hasard une tribune dans Le Monde daté du même jour intitulée : « Le niveau scolaire baisse, cette fois-ci c’est vrai ».  « Cette fois-ci c’est vrai » ! Comme si la culpabilité d’utiliser les stratagèmes de la droite le mettait malgré tout mal à l’aise. Comme s’il savait que son silence pour taire l’explosion des inégalités dans la société depuis 20 ans et les mettre sur le dos de l’école était coupable.

Vincent Peillon aura beau jouer à «c’est celui qui dit qui est » en renvoyant à tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui, c’est à dire l’immense majorité, le fait qu’ils vont contre l’intérêt des enfants, il n’en convaincra pas mieux pour autant. Le problème de son décret, ce ne sont pas les 4 jours et demi. C’est qu’à travers les rythmes, il joue à l’épicier avec l’école de la République.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s