Une formation pour transformer l’école

formation enseignantsSous Sarkozy,la réforme de la formation des enseignants, qui visait en réalité à supprimer celle-ci, avait fait l’objet d’une levée de bouclier de la part de l’ensemble de la communauté éducative. La rupture en la matière était inévitable. Pourtant, 8 mois après le 6 mai, les atermoiements continuent. Pire, les mesures immédiates qui auraient du être prises en matière de recrutements comme la mise en place d’un plan de titularisation des 23.000 enseignants contractuels ou le lancement des pré-recrutements ne pointent toujours pas le bout du nez.

Au Front de Gauche, on sait faire ! C’est le sens de la proposition ci-dessous formulée par le Front de Gauche de l’éducation, groupe constitué de syndicalistes enseignants, de militants pédagogiques, de sociologues, de chercheurs en sciences de l’éducation, de représentants des parents d’élèves et de représentants des organisations politiques du Front de Gauche dont je fais partie en tant que secrétaire national à l’éducation du Parti de Gauche. Constitué à l’occasion de la campagne présidentielle du Front de Gauche, ce groupe a depuis produit divers documents dont les 12 propositions du Front de Gauche pour l’école de l’égalité (à retrouver ici).

 

Front de Gauche pour l’Education

Une formation pour transformer l’Ecole

Les mesures proposées par le gouvernement sur la formation des personnels de l’enseignement apportent des améliorations par rapport à la situation désastreuse héritée de la droite. Mais elles restent très insuffisantes pour répondre aux besoins et ouvrir des pistes de transformation du système d’enseignement. La formation initiale et continue des personnels de l’enseignement doit répondre aux défis de l’école de notre temps : lutte contre les inégalités scolaires, élévation du niveau de qualification de l’ensemble de la population, transmission de savoirs émancipateurs et développement de la démocratie interne au système d’enseignement.

Une formation scientifique de haut niveau pour tous les personnels

Le recrutement et la formation des personnels de l’enseignement doivent garantir leur maîtrise des savoirs scientifiques et de leurs didactiques dans les champs de la connaissance qui seront enseignés dans les futurs métiers. Cet objectif suppose d’engager une réflexion avec les universitaires et avec les professionnels des enseignements primaire et secondaire aussi bien sur les cursus d’accès à la formation professionnelle, qui doivent permettre aux candidats aux métiers de l’enseignement de se perfectionner dans les différentes disciplines qu’ils se destinent à enseigner, que sur la formation professionnelle, qui doit être l’occasion d’acquérir une autonomie dans la maîtrise des enjeux épistémologiques des disciplines d’enseignement. L’initiation à la recherche et la réflexion sur l’application des résultats de la recherche à l’exercice des métiers de l’enseignement doivent constituer des pièces centrales du dispositif de formation.

Une formation à l’exercice pratique des métiers de l’enseignement

Ni culte de l’académisme, ni « apprentissage sur le tas » : les métiers de l’enseignement s’apprennent et doivent faire l’objet d’une formation progressive et accompagnée. Cet objectif reste largement sacrifié dans les projets actuels. Il s’agit d’assurer la maîtrise des gestes élémentaires des métiers par les professionnels : savoir préparer et gérer des situations d’enseignement, agir dans son collectif de travail, savoir se perfectionner, penser les pratiques et échanger les savoir-faire entre pairs. Cela suppose du temps et des conditions d’études permettant de s’investir réellement dans la formation. L’élévation et l’extension des bourses étudiantes et la mise en place de pré-recrutements dès la licence en sont des conditions indispensables.

La connaissance des publics et des contextes d’enseignement

Tout au long de leur curriculum universitaire, les étudiants qui se destinent aux métiers de l’enseignement doivent pouvoir acquérir une culture professionnelle de base, incluant la connaissance du système d’enseignement, des enfants, des jeunes et des différents milieux sociaux, la connaissance des enjeux historiques et contemporains de l’acte d’enseigner.

Collégialité, professionnalisme et autonomie intellectuelle

Le projet d’Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education reste rivé au passé. Le poids qu’y occuperaient les personnels hiérarchiques de l’administration de l’Education nationale y est démesuré au regard aussi bien des exigences d’une formation à l’autonomie professionnelle que des traditions universitaires. Il s’agit d’inventer un nouveau cadre, en rupture avec les dispositifs antérieurs ou postérieurs à la loi d’orientation de 1989. La collégialité et la démocratie doivent y être la règle, les représentants de l’Education nationale étant bien entendu représentés dans les instances ; des personnels des premier et second degrés dont la qualification professionnelle est attestée par leurs pairs doivent y avoir une place reconnue ; les étudiants et personnels en formation doivent concourir au fonctionnement des instances et de la formation elle-même.

Le rétablissement du droit à la formation continue

Aucune transformation de l’Ecole ne se fera sans rétablir le droit à la formation continue sur le temps de travail. Des dynamiques nouvelles devraient là aussi être imaginées, croisant les priorités des politiques publiques et la participation des groupes professionnels et des formateurs à l’élaboration des plans de formation.

Pour toutes ces raisons, le Front de gauche partage l’exigence d’un moratoire sur la mise en oeuvre du projet d’Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education. Il invite l’ensemble des groupes professionnels et des autres acteurs du système d’enseignement à se mobiliser pour assurer une transformation en profondeur du système de formation initiale et continue des personnels de l’enseignement.

Paris, le 1er février 2013

2 commentaires sur “Une formation pour transformer l’école

  1. GD dit :

    Quel est le projet précis du FdG pour la formation initiale ? Tu parles de moratoire sur les ESPE mais que propose-t-on ? Je pense qu’une école spécialisée est importante pour donner une véritable formation et pour forger l’esprit enseignant avec ses valeurs.
    Je vois ça comme suit :
    > Une licence de l’éducation obligatoire (avec spécialités) avec concours d’entrée à l’école spécialisée (qu’on appellera comme on veut) la 3° année
    > 2 véritables années de formation professionnelle dans une Ecole Normale ou IUFM ou autre.
    (stages courts d’observation la 1° année et stages en situation la 2° année)
    Je suis assez opposé à une formation en université.

  2. jean jacques favel dit :

    2 points mériteraient une réflexion approfondie:
    comment lutter contre les inégalités « innées »?
    comment repenser la place de l’élève dans le système éducatif?
    et donc les méfaits d’une centration sur l’apprenant outrancière
    qui tend à minimiser la place du savoir et à « culpabiliser » les enseignants.
    (réflexion sur les méthodologies)

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