La lutte des classes, réalité, marqueur et ressort, c’est maintenant !

321002_10200283745154582_413497209_nUn aveu du ministre délégué au budget et un sondage du journal L’Humanité ont permis de remettre sur l’avant-scène ce qui est une réalité partagée et analysée comme telle par un nombre sans cesse croissant de nos concitoyens : la lutte des classes. Voilà qui nous permet de resituer et d’analyser le sens de la période que nous vivons sous le prisme du social, débarrassé de toutes les stratégies de diversion communautaires et racistes qui ont pour seul but de contourner cette question !

Si l’aveu de M. Cahuzac face à Jean-Luc Mélenchon lundi 7 janvier sur le plateau de Mots Croisés (« la lutte des classes, je n’y crois pas et je n’y ai jamais cru ») a sonné comme un coup de tonnerre, c’est que la lutte des classes est un référentiel indépassable de la Gauche et qui au cœur de sa matrice même.

Le concept de lutte des classes est antérieur à sa mise en théorie par Marx et Engels. Ces derniers ont donné un cadre de réflexion et une grille d’analyse se basant sur le matérialisme historique. En posant la lutte des classes comme moteur de l’Histoire, une nouvelle historiographie est née, une vision démystifiée de l’Histoire. L’évolution des sociétés n’est plus vue sous le prisme de l’influence de grands hommes ou de hasard mais elle est le produit des rapports sociaux antagonistes. En faisant reposer la société sur la lutte de classes concurrentes, est validé le fait que les classes sont comparables. Il ne saurait dès lors y avoir de hiérarchie entretenant l’illusion que les classes dominantes le seraient pour toujours et à jamais. La classe n’est pas la caste, elle est évolutive et la société aussi.

La grille d’analyse du matérialisme historique repose donc sur le fait qu’aucun dogme n’existe. Au contraire, on analyse le réel. Ce n’est donc pas parce que les classes telles que définies au XIXème siècle ne recouvrent pas les mêmes périmètres que celles du XXIème siècle qu’elles n’existent plus ! Les classes sociales sont fluctuantes selon les époques et les stratégies et les revendications ne sauraient donc pas non plus être les mêmes. Ce qui est à l’œuvre, c’est le mouvement qui repose sur les intérêts contradictoires. C’est la lutte pour renverser les systèmes conduisant à la domination afin d’atteindre l’objectif de l’égalité.

Le socialisme (ou communisme) se donne pour but la société sans classe, où la production répond à une demande et non à la conquête de marchés. On retrouve en cela tous les principes fondateurs de la gauche : une société émancipée des rapports de domination pour des individus libres et des rapports de production libérés du profit et de la concurrence pour une Humanité indivisible. L’égalité et la liberté se rejoignant donc et cela forme le référentiel de la gauche.

Parce qu’elle est intrinsèquement révolutionnaire dans le sens du renversement avec l’ordre établi, la lutte des classes a été réfutée historiquement par certains corps de la société. Ce  qui était nié n’était d’ailleurs pas tant la constitution de la société en classes que leurs intérêts contradictoires. Partant de là, quatre grands courants se sont dessinés pour s’y opposer. Les conservateurs tout d’abord, qui en appellent à la « collaboration de classes » et pour lesquels les classes doivent s’entendre car leurs intérêts ne seraient pas si antagoniques. La résultante en est l’acceptation que la classe dominante le reste. L’Eglise ensuite, qui  dans l’encyclique Rerum Novarum reconnaît les classes mais pas la lutte. Les nationalistes, qui eux appellent à dépasser les clivages au nom d’un intérêt supérieur de la Nation, théorie appliquée par les nazis et les fascistes. Au nom de l’unité nationale, les revendications de classes devraient disparaître. Quant aux libéraux, ils considèrent que les relations entre capitalistes et travailleurs doivent rester sur le terrain juridique de la négociation. En découle qu’ils veulent faire primer les relations contractuelles sur la loi, se basant sur l’idée que le contrat de travail serait librement négocié et consenti par l’employé et l’employeur. Les négociations entre patronat et syndicats qui viennent de s’achever par le ralliement de certains aux desiderata du MEDEF en est le dernier exemple en date.

Un point commun apparaît à tous ces courants : en niant la lutte contradictoire, ils entérinent de fait une répartition qui ne doit pas bouger. Il y aurait selon eux un côté inéluctable à la domination des possédants. Les libéraux vont même plus loin en entretenant une illusion de liberté, comme si celle-ci pouvait exister sans son corollaire l’égalité…

En niant la lutte des classes, M. Cahuzac s’est donc clairement situé de lui-même. Pas besoin d’en rajouter ni de caricaturer son propos. Il n’est pas plus « moderne », il a juste changé de logiciel.

Car la lutte des classes procède d’une actualité concrète au XXIème siècle. Depuis la fin de la 2ème guerre mondiale, on a vu ériger la « classe moyenne » comme modèle. Elle était censée justifier les discours conservateurs, libéraux et nationalistes et donc être la preuve de la fin des intérêts contradictoires. Pourtant, cette « classe moyenne » n’était que le décalque des classes intermédiaires qui ont existées à chaque période historique. Classes toujours fluctuantes, ayant les mêmes intérêts que la classe dominée mais la vision politique de la classe dominante (la petite bourgeoisie du XIXème siècle par exemple). Le paroxysme de cette idéologie se trouve dans les années 60, années où les antagonismes existaient mais où la rivalité avait baissé en intensité et en violence. En 1964, la lutte des classes n’était une réalité que pour 40% des français ; 44% en 1967.

Avec les crises à répétition du système et l’impasse dans lequel il se trouve en ce début de XXIème siècle, la violence des antagonismes réapparaît. Comment nier les antagonismes quand les rémunérations indécentes, les privilèges en tout genre que la classe dominante s’arroge côtoient un  océan grandissant de misère ? Comment ne pas voir cruellement la lutte à l’œuvre quand entre 3 et 5 millions de chômeurs  vivent dans la 5ème puissance du monde qu’est notre pays ? Comment dire qu’il n’existe pas de lutte des classes quand M. Mittal a un revenu annuel de 2.941.902 euros et que les salariés servent de vaariable d’ajustement aux rémunérations des actionnaires ?

Tous les jours, la lutte des classes se vit. Chaque salarié est confronté à la confiscation des moyens de production pour des cliques guidées par le seul profit et leur volonté de spéculer encore et encore. Le gavage de la minorité dominante est vécu comme une violence d’autant plus insoutenable qu’une partie de plus en plus grande de la population bascule dans la paupérisation. En 2013, la lutte des classes est devenue une réalité pour 64% des français. La « classe moyenne », classe intermédiaire étant touchée de plein fouet, elle retrouve ses intérêts communs avec la classe dominée.

Non seulement la lutte des classes est une réalité aussi évidente et vérifiable que l’est la loi de la gravitation, mais elle fait son retour au premier plan de la scène politique. L’austérité a dessiné un paysage clair entre ceux qui y résistent et ceux qui l’appliquent. Mais derrière l’image d’Epinal vendue à grands renforts médiatiques par l’oligarchie pour masquer l’isolement des thuriféraires de l’austérité, la masse des millions portée par la lutte progresse chaque jour vers le sentiment d’appartenance de classe. C’est cette résorption de la différence entre la réalité de la lutte des classes et le sentiment d’appartenance de classe qui fait de ce moment un temps tout particulier de l’histoire de la lutte des classes.

Bien évidemment, un tel défi nous oblige. De fait, il place le combat idéologique au cœur de notre feuille de route. Ce n’est pas pour rien que nous considérons qu’il y a deux points d’appui et ressorts fondamentaux au fonctionnement de la démocratie républicaine : l’école qui permet de constituer l’esprit libre et émancipé, et le système d’information qui permet à chaque citoyen d’exercer sa souveraineté. Mais au-delà, c’est partout où se joue la lutte qu’il nous faut être présents. En commençant par l’entreprise où les salariés sont chaque jour placés un peu plus sous le joug du patron. En cela, la lutte des classes rejoint la question républicaine quand par exemple les salariés se voient agressés par le modèle du « contrat supérieur » à la loi présenté par François Hollande en Corse durant sa campagne présidentielle, modèle qui les renverrait de fait à une position d’asservissement.

La tâche qui nous incombe est aujourd’hui d’accompagner la bascule de la « classe moyenne » dans un projet de transformation sociale, écologique et démocratique. Cela ne se fait pas par décret mais bien en proposant un chemin vers un intérêt commun qui permette d’unifier la classe. Et parce que l’écosystème humain, pas simplement la planète qui nous héberge, disparaîtra si nous n’engageons pas aujourd’hui plus que le changement, la rupture, qu’il nous faut refonder le socialisme, le communisme, la République, toutes les traditions de la gauche au regard de l’écologie politique. Il faut envisager un projet qui rompe avec le productivisme, avec la croissance aveugle, un projet qui envisage d’abord les biens et les services au regard de leurs utilités sociales et écologiques. Il faut un projet qui soit donc aussi un ressort pour la lutte des classes. Ça tombe bien. Ce projet, c’est l’écosocialisme.

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