Thiriez éliminé par les vrais amateurs

LFPAujourd’hui, ce sont les 32ème de finale de la coupe de France, la grande compétition hexagonale qui regroupe footballeurs amateurs et professionnels. En préambule de ce grand rendez-vous festif que constitue l’entrée en lice des clubs de Ligue 1, Frédéric Thiriez, président de la ligue de football professionnel (LFP), n’avait rien trouvé de mieux le 29 décembre dernier de s’enorgueillir du rejet par le conseil constitutionnel de l’imposition à 75 % des revenus au-delà du million d’euros. L’immense majorité des footballeurs engagés ce week-end a du  apprécier…

En effet, dès l’annonce par le Conseil constitutionnel de l’annulation de ce nouvel impôt lancé à la volée par François Hollande en février dernier pour répondre à l’aspiration populaire suscitée par la campagne « partageuse » de Jean-Luc Mélenchon et du Front de Gauche, Frédéric Thiriez se réjouissait : «Le football professionnel a eu bien raison de se battre ! Depuis le début, nous tirons la sonnette d’alarme sur les dangers d’une telle taxation. Dangers pour le football français avec des conséquences désastreuses pour les clubs sans que les finances publiques s’y retrouvent, au contraire, avec l’exode des meilleurs joueurs. Nous nous sommes donc battus, y compris devant le Conseil constitutionnel et nos observations ont été entendues. Le droit a prévalu. Face à une grave menace pour son avenir, le football professionnel français, solidaire, a remporté une belle et indispensable victoire collective».

La belle affaire ! Frédéric Thiriez a révélé au grand jour non pas le corporatisme du monde du football, mais le corporatisme de classe de son élite qu’il représente lamentablement. La moyenne des salaires des joueurs de Ligue 1 (sans parler donc des salaires des joueurs professionnels des divisions inférieures) est en effet de 40.000€ par mois soit 480.000€ annuels. On est loin du million d’euros ciblé par François Hollande, ce qui au passage prouve le manque total d’ambition de cette mesurette.

Frédéric Thiriez, ce n’est donc pas qu’une moustache à faire pâlir les os de Tonton Georges. S’il faut chercher d’où lui vient ce réflexe de classe, souvenons-nous que le chantre de la compétitivité (pas la compétition !) footbalistique a fait ses armes dans les cabinets ministériels de Gaston Deferre en 1981 (à l’intérieur et à la décentralisation) et 1984 (au Plan et à l’aménagement du territoire) ou Joseph Franceschi en 1982 (sécurité publique) avant d’animer dans les années qui suivent l’équipe de Michel Rocard. Devenu en 2002 président de la LFP, c’est lui qui a fait s’envoler les droits TV de Ligue 1 qui s’élevaient alors 271 millions d’euros par an pour les porter à près de 670 millions d’euros en 2011/2012 ! Bilan des opérations ? Toute la diffusion du football français est privatisée voire quatarisée avec l’arrivée cette année de Bein Sport.

Frédéric Thiriez n’en est donc pas à son coup d’essai. Il dénonce régulièrement le poids excessifs des cotisations sociales (enfin lui, eu égard à l’école qui est la sienne, il appelle cela des « charges ») sur les rémunérations des joueurs, au nom de la sempiternelle compétitivité avec les autres équipes européennes…et leurs systèmes fiscaux. Ainsi, il était en 2004 un des porteurs de la loi sur le « droit à l’image collective » qui permettait d’alléger ces « charges », en plaçant les sportifs sous le régime des artistes avant que le Parlement ne revienne sur ce dispositif deux ans après son adoption.

Footballeurs et artiste même combat ? Sans doute pas, mais souvenons-nous qu’il y a quelques mois, certains footballeurs, Christophe Jallet, capitaine du PSG quatari en tête, s’étaient insurgés contre cette nouvelle imposition et avaient demandé, comme les artistes, à en être exonérés. Depuis, Depardieu est russe et les quelques pousse-citrouilles multi-millionnaires vont continuer à se vendre au plus offrant pour remplir leurs coffres en Suisse.

Ce qu’il y a de commun dans le domaine du football et dans le domaine artistique, c’est le combat contre l’oligarchie. Celle qui existe sur les pelouses ou celle qui se pavane devant les caméras non seulement n’est plus à même de penser l’intérêt général, mais elle a même abandonné l’idée de corporatisme dans sa profession. Rien ! Il ne faut rien leur céder car ils en voudront toujours plus. L’odeur des billets comme celle du sang pour les requins les attire et les rend hystériques. Jérôme Cahuzac et François Hollande seraient bien inspirés de s’en souvenir à l’heure où le premier vient de louvoyer ce midi sur Europe 1 sur le taux d’imposition de la future taxe.

2 commentaires sur “Thiriez éliminé par les vrais amateurs

  1. Fenasse dit :

    « Eliminé par les vrais amateurs » … c’était prémonitoire !

  2. […] Déjà, le 29 décembre dernier, il se pavanait suite au rejet par le conseil constitutionnel de la première mouture de cette mesure. «Le football professionnel a eu bien raison de se battre ! Depuis le début, nous tirons la sonnette d’alarme sur les dangers d’une telle taxation. Dangers pour le football français avec des conséquences désastreuses pour les clubs sans que les finances publiques s’y retrouvent, au contraire, avec l’exode des meilleurs joueurs. Nous nous sommes donc battus, y compris devant le Conseil constitutionnel et nos observations ont été entendues. Le droit a prévalu. Face à une grave menace pour son avenir, le football professionnel français, solidaire, a remporté une belle et indispensable victoire collective» (voir l’article Thiriez éliminé par les vrais amateurs). […]

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