L’esprit du 30 septembre

30septembreA l’heure où les rétrospectives en tous genres emplissent les temps de cerveau disponibles, il est difficile de passer sous silence le surgissement du peuple qu’a accompagné le Front de gauche ces derniers mois. Du 18 mars au pied du Génie de la Bastille au 30 septembre et la marche  contre le TSCG (traité sur la stabilité, la coordination et  la gouvernance au sein de l’Union Européenne), les citoyens se sont mis en branle autour de points de cristallisation : à la Bastille ce fut la VIème République, au Capitole la nation comme projet politique, sur le sable du Prado le peuple indivisible, sur les pavés parisiens le refus de l’austérité…

Les bien-pensants, qui ne peuvent les occulter, s’attachent à cantonner ces mouvements à de simples attroupements, fussent-ils de grande envergure. En affichant la foule, on nie aisément le peuple qui en ces moments précis s’est retrouvé autour de symboles et d’un héritage partagé : celui de l’universalisme républicain et du rejet de l’austérité. Rien ni personne ne peut rassembler autant de citoyens, de secteurs militants syndicaux, associatifs, politiques, dans un pays comme la France où le peuple est instruit et debout, s’il ne traduit l’aspiration populaire et la met en mouvement. C’est cette double détente qui inquiète finalement tant les tenants de l’ordre établi : cristalliser les aspirations et permettre le surgissement populaire.

Car cette succession d’évènements trace un continuum. Celui de la crise bien sûr. Celui de la course éperdue de la finance et de l’oligarchie vers l’abîme. Celui de l’austérité qui d’une politique s’est vue propulsée en nouvelle religion. Mais aussi celui de la construction d’un vécu collectif, d’un passé commun de luttes et de résistances, d’une habitude des retrouvailles, d’une prise de conscience de la force de l’organisation du mouvement ouvrier et de la puissance du peuple rassemblé. Cela dégage aussi des méthodes d’action et fait naître un nouvel outil : le front du peuple.

Au moment même où, à l’abri des fêtes de fin d’année, la presse annonce discrètement mais simultanément (jeudi 27 décembre) 30.000 chômeurs supplémentaires en novembre et la réduction selon l’Insee de la dette publique brute de la France de 14,5 milliards d’euros par rapport au troisième trimestre, le grand nombre prend conscience de l’absurdité d’un système qui en privilégiant les intérêts de la finance au détriment de l’intérêt général nourrit et perpétue en réalité la bête mise au service de l’oligarchie. Les franges les plus mobilisées quant à elles en sont déjà à chercher à briser ce mur de la pensée unique et à trouver une issue. C’est en cela que le front du peuple leur apparait comme un nouvel instrument qu’elles s’approprient et utilisent.

Nous ne serions là que dans la déclamation et l’annonce grandiloquente si des signes de ce processus n’étaient à l’œuvre sous nos yeux. Les résistances et luttes des salariés dans chaque entreprise sont synonymes d’une prise en main collective du destin productif de notre pays. La manifestation contre l’austérité et le TSCG qui a rassemblé fin septembre plus de 80.000 personnes à Paris en est sans doute l’indication la plus manifeste. L’initiative a reposé sur un collectif d’organisation qui a rassemblé très largement les secteurs syndicaux, associatifs, politiques (voir la liste des organisations ici). Chacun s’est approprié dans son champ d’action cette bataille contre le TSCG et a permis de mettre le sujet sur la place publique en dépit de l’omerta instiguée par les puissants. Si la manifestation du 30 septembre a été une réussite, c’est son organisation qui fait sens, c’est l’esprit du 30 septembre qui a jailli durant ces semaines qui ont précédé la manifestation et qui ont livré la démonstration de la cohérence et de la convergence d’un tel rassemblement.

C’est cet esprit qui souffle encore aujourd’hui. Ses retombées vont atteindre progressivement l’ensemble du mouvement social. J’en veux pour preuve cette initiative, inédite dans les formes qu’elle prend, des intersyndicales de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, qui appellent pour le 17 janvier prochain des « marches départementales pour l’emploi, les salaires et contre les politiques d’austérité ». Tout dans l’intitulé dénote que la perspective qui est tracée est celle de la résistance mais aussi d’un élan populaire. La méthode d’élaboration le confirme. Dans le Val-de-Marne, les unions départementales CGT, FSU, Solidaires et CFTC se sont unies pour préparer cette marche. Souhaitant élargir le front du refus, elles ont invité toutes les forces constituées à se rassembler. Le Front de Gauche du Val-de-Marne a immédiatement fait part de sa disponibilité pleine et entière pour s’inscrire dans cette mobilisation. Une réunion entre les différents syndicats et le Front de Gauche le 20 décembre dernier a permis de démontrer les convergences sur l’analyse de la situation politique et sociale du pays et du Val-de-Marne. C’est donc tout naturellement que le Front de Gauche s’est inscrit dans la dynamique portée par les syndicats et qu’il soutient et participera à la marche départementale du 17 janvier. C’est donc aux côtés des syndicats que le Front de Gauche agira pour construire la mobilisation pour ce rendez-vous.

Toutes celles et tous ceux qui connaissent les méthodes d’action passées mesurent l’importance d’une telle évolution dans les pratiques et les finalités. Dès les premiers jours de janvier, des tracts de l’intersyndicale et du Front de Gauche appelleront à ce même évènement. Celui de l’intersyndicale se prévaudra du soutien des organisations qui s’inscrivent dans la mobilisation, en l’occurrence le Front de Gauche et les partis qui le constituent. Celui du Front de Gauche relaiera politiquement l’initiative de l’intersyndicale. Les militants, sous leurs étiquettes respectives, construiront ensemble sur le terrain la mobilisation pour sensibiliser et convaincre le plus grand nombre. Avant de se retrouver le 17 janvier devant le siège social d’Essillor à Charenton puis en cortège dans les rues de Créteil.

Les détails d’organisation sur lesquels je m’attarde n’en sont pas. Ils sont les témoins de pratiques nouvelles qui s’inscrivent déjà dans le prolongement d’une expérience commune. L’esprit du 30 septembre préside à cette nouvelle irruption citoyenne qui prend les contours d’un front du peuple en marche pour résister aux politiques libérales et proposer une alternative politique à vocation majoritaire. L’esprit du 30 septembre s’annonce déjà comme celui de la rentrée.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s