Législative partielle de Saint-Maur : le Parti Socialiste, du trou d’air au trou d’eau

tourbillon_petit_150x100_thumbLa litanie des excuses s’égrène sur les ondes dans la bouche des responsables socialistes : ce n’était que des partielles, l’UMP ferait mieux de s’occuper du combat de catch entre ses chefs, le gouvernement travaille, ces circonscriptions sont des bastions de la droite, blablabli, blablabla. Bref, les résultats des trois élections législatives partielles qui se sont tenues ce dimanche (Saint Maur, Béziers, Antony) ne traduiraient qu’un trou d’air. Pourtant, les faits sont têtus : les candidats investis par le Parti Socialiste ont été largement sanctionnés voire balayés. D’un décrochage ponctuel du PS, on est bien passé à un risque de noyade avéré qui est d’autant plus dangereux que le siphon qu’il crée pourrait bien attirer vers le fond celles et ceux qui à gauche naviguent à sa portée.

L’élection qui s’est déroulée dans la 1ère circonscription du Val-de-Marne (Saint-Maur-des-Fossés, Champigny ouest, Bonneuil, Créteil nord) est à cet égard éclairante, d’autant que les constats que l’on peut formuler recoupent ceux des deux autres circonscriptions qui étaient renouvelées ce week-end.

L’abstention tout d’abord s’est envolée ce dimanche (70,6 % hier contre 41,17 % en juin). Phénomène pour partie traditionnel pour une élection partielle, celui-ci s’est trouvé considérablement renforcé dans la période par la défiance à l’égard du gouvernement d’une part (du fait de sa politique) et de l’UMP de l’autre (du fait des clowneries grotesques qui l’agitent). Force est de constater que si l’oligarchie trouve dans le phénomène la bouffée d’oxygène qui lui permet de se maintenir, le cadre institutionnel de la Vème République se trouve dépassé et celles et ceux qui le défendent vaille que vaille sachant qu’il est leur dernier rempart face à la souveraineté populaire ont de fait perdu toute légitimité quand moins de 30 % de nos concitoyens jugent utile de se prononcer. Il convient d’ajouter à cela le renforcement du courant anti-système que veulent incarner ceux qui se retrouvent derrière le parti Pirate ou celui pour le vote blanc qui recueillent à eux deux plus de 5 % des suffrages.

Dans ces conditions, la droite s’en sort à moindres frais en ayant réussi à mobiliser sur des enjeux locaux liés à la bataille interne pour la mairie de Saint-Maur. Henri Plagnol (UDI mais investi par l’UMP), dont l’élection venait d’être invalidée, perd 12.000 voix par rapport à juin mais reste en tête avec 26,20 % des suffrages exprimés. Il est talonné par son adjoint à Saint-Maur (dissident UMP) qui se voit déjà double calife à la place du calife (à Saint-Maur et au palais Bourbon) et qui recueille 5583 voix soit 23,29 % des exprimés.

Le Front national, loin de la percée spectaculaire promise par les commentateurs quiprennent leurs désirs pour des réalités, est malgré tout celui qui résiste le mieux en ne perdant « que » 40 % de son électorat par rapport à juin et en gagnant dans le même temps près de 2 % pour un total de 11,30 %. Notons cependant que cette progression en pourcentage est très diverse en fonction des cantons et se trouve atténuée là où la droite a su mobiliser son électorat sur des enjeux locaux. Dans ces conditions, le FN y progresse moins qu’ailleurs ce qui témoigne, si besoin était encore de le prouver, que c’est bien l’électorat traditionnel de droite qui glisse vers le FN !

Si l’on ajoute à ces trois résultats ceux d’une dissidente de l’UDI (ce n’est pas une blague, ils ont deux mois d’ancienneté, sont aussi nombreux que les ours  dans les Pyrénées, mais ils ont leurs dissidents !) et du candidat de Debout la République, le total droite et extrême droite progresse de près de 10 points à 66 %. Immanquablement, la gauche s’effondre en contrepartie.

Le Parti Socialiste a reçu une sacré gifle de la part des électrices et des électeurs. Alors que l’élection du sortant de droite a été invalidée, que la droite est éparpillée (5 candidats), le candidat du PS, pourtant aisément au second tour en juin, ne peut y accéder cette fois ne recueillant que 4772 voix (13 400 en juin) soit 19,99 % des suffrages exprimés (27,86 % en juin), loin du 12,5 % des inscrits nécessaire. Pire, il était cette fois le candidat commun au PS et à EE-LV. Sur les 15.132 suffrages (13.400 pour le PS + 2132 pour EE-LV) du mois de juin, Akli Mellouli n’en sauve même pas un tiers ! A vrai dire, il pouvait difficilement espérer faire mieux quand le gouvernement a depuis 6 mois érigé l’austérité en dogme et baissé pavillon devant le Medef et les requins de la finance qui n’en demandaient pas tant. Comme il le reconnait lui-même : « Nous payons le contexte national ».

Le risque était grand de voir le Front de Gauche aspiré dans le gouffre nautique ouvert par le PS. Fort heureusement, le courage et la détermination exprimés par le Front de Gauche lors de la mobilisation contre le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union européenne (TSCG), le rejet du budget d’austérité de Jean-Marc Ayrault, la combativité aux côtés des syndicalistes de Florange, Pétroplus ou Sanofi quand d’autres se déculottent et bradent l’industrie française sur l’autel de la finance, mais surtout la perspective ouverte par le fait qu’une autre majorité est possible qui résisterait à l’austérité, ont permis de ne pas être envoyé par le fond avec le PS et EE-LV.

Avec 2097 voix soit 8,79 % des suffrages exprimés, le Front de Gauche progresse par rapport juin (8,36 %) et accuse une perte en voix bien inférieure à la montée de l’abstention. Il s’agit là incontestablement d’une nouvelle étape dans la consolidation et l’élargissement du socle électoral du Front de Gauche. Il s’agit aussi d’une invitation à l’audace politique : c’est dans les cantons où il est le mieux implanté que le Front de Gauche a fait ses meilleurs scores, devançant nettement le PS à Champigny et à Bonneuil. En osant porter l’alternative politique sur les terrains de la droite (à Saint-Maur) ou du PS (Créteil), il y a fort à parier que l’assiette électorale du Front de gauche se serait encore élargie, une grande partie de l’électorat de gauche de ces cantons ayant refusé de se prononcer pour le candidat du PS et d’EE-LV. C’est raisonnablement un score à deux chiffres qui a vocation à venir titiller celui du PS que nous pouvons désormais viser dans un tel canton. C’est enfin une leçon sans appel : à l’heure où le parti socialiste s’enferre dans une politique qui maltraite les intérêts du peuple pour offrir des gages à quelques uns, les citoyen-ne-s se détournent de lui chaque jour plus convaincus du caractère inopérant de la politique conduite.  Le message clairement envoyé traduisant la disponibilité pour l’alternative à gauche se double d’une sévère mise en garde pour celles et ceux qui voudraient tirer des bords trop près du siphon engendré par le PS et qui risque ni plus ni moins de faire sombrer toute la gauche.

Les leçons de Saint-Maur trouvent leur corollaire, aux spécificités locales près, sur les autres circonscriptions. Qu’il me soit ici permis de terminer en félicitant ma camarade Pascale LeNéouannic, qui sur la circonscription d’Antony a fièrement porté la bannière du Front de Gauche en faisant grimpant notre score à 7 % malgré la vindicte médiatique et les sales manières du FN.

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