Collomb, l’anti canut de la République

Le-Grand-LyonJeudi 6 décembre, Gérard Collomb, maire PS de Lyon, Président de la communauté urbaine et sénateur (n’en jetez plus !) était l’invité de France-Inter. L’occasion pour lui de défendre le projet métropolitain du Grand Lyon qui vise à avaler une partie du département du Rhône pour en faire, selon la formule du journaliste Patrick Cohen, un « hyper-Lyon ». Comme on construirait un hyper marché en somme.

Car le projet est bien celui-là et Gérard Collomb ne s’en défend même pas. Pire, il le revendique : « La question n’est pas aujourd’hui de regarder comment Lyon se situe par rapport aux autres villes françaises, mis à part l’Ile-de-France, on est très largement en tête  […] .Au niveau de la France, on a fait la différence. Mais notre problème, c’est de passer du championnat de France à la Champion’s League, de se comparer à Barcelone, Munich ou Manchester ».

Craignant sans doute que sa métaphore footballistique faisant l’éloge de la mise en concurrence entre les territoires ne soit pas suffisamment claire, il s’est cru tenu de préciser : « Aujourd’hui, il y a une espèce de compétition qui existe entre les entreprises mais qui existe aussi pour les grandes agglomérations ».

Voilà ce que recèle finalement le projet du Grand Lyon qui n’est jamais que l’une des déclinaisons de la future organisation territoriale que la Ministre Marylise Lebranchu présentera début 2013 après l’avoir déjà largement révélée. A la République une et indivisible seront substitués des territoires mis en concurrence sur les seules bases de l’attractivité économique. La logique de « compétitivité » pour les entreprises si chère à François Hollande et Jean-Marc Ayrault trouve sa déclinaison à l’échelle des territoires. Gérard Collomb ne sera plus le maire d’une métropole, il sera le PDG d’un groupe en compétition à l’international, le futur Lakshmi Mittal du Rhône.

Comme toujours, l’austérité a bon dos. C’est une fois encore en son nom qu’est tiré par le lyonnais Collomb le fil qui détisse la République. L’austérité gouvernementale est tout à la fois dogme et outil. Ainsi, à la question de Patrick Cohen « Est-ce que cela permettra de faire des économies ? », la réponse de Gérard Collomb est un cri du cœur « Oui, c’est l’essentiel si je puis dire ». Mais que ce soit dans les collectivités locales ou dans le pays, ceux qui financent l’austérité, c’est le peuple. Car lorsque le journaliste demande de préciser si « Pour les habitants, les taux de fiscalité seront baissés ou ils seront maintenus ? », Collomb est bien forcé d’admettre, penaud, sans oser finir sa phrase : « Non, non, vous savez, vu qu’on perd un certain nombre de recettes… ».

Il est jusqu’à la méthode qui est une atteinte directe à l’égalité républicaine. Le grand projet cher à François Hollande d’adapter la loi aux territoires tient là sa première déclinaison concrète : pour réaliser le Grand Lyon, il fallait scinder le département du Rhône en deux pour en rattacher une partie au projet métropolitain et laisser un bout croupion qui devra se débattre avec ce qu’il lui restera de moyens. Qu’à cela ne tienne. Le socialiste Gérard Collomb et le centriste Michel Mercier, président du département du Rhône, se sont entendus pour demander à Marylise Lebranchu une loi spéciale qui permettrait la scission. La Ministre a sauté sur l’occasion d’autant qu’elle revendique depuis des semaines de telles adaptations de loi en fonction des territoires. La fin programmée des départements est en marche. En l’espèce, il y aura grâce à la République à la carte de Hollande et Lebranchu des rhodaniens de première et de seconde zone, les serfs rattachés au château et les autres. Pathétique et vulgaire.

Avec le Grand Lyon, prémisse de ce qui se passera demain à Marseille, à Lille ou ailleurs, c’est à une métropolisation des rapports humains à laquelle nous assistons. La République n’est plus pensée en fonction des lieux de vies, des rapports sociaux, du pacte républicain qui lie chaque citoyen à la communauté humaine qui l’entoure en s’engageant de la sorte vis à vis de lui-même. Quand la République n’est plus Une, quand elle n’est plus indivisible, elle ne constitue plus un projet politique. Elle devient une coquille vide au service des marchés et des baronnies locales. C’est l’ancien régime qui rejoint les rapaces de la finance.

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