Christiana, socialista y solidaria : de l’exercice des alliances

Nous sommes sur place ! Certes pas encore rendus à Estelli, lieu du séminaire, et encore moins à Jalapa dans le nord du pays. Mais après 26 heures de voyage, nous avons enfin pu nous poser quelques heures à Managua. Je mentirais si je prétendais tirer des enseignements de ces trop courtes déambulations dans les rues.

Un constat cependant pour tous ceux qui comme moi sont attachés à la portée des mots d’ordre et des devises. Celui-ci relève d’ailleurs plus de la confirmation que d’une franche nouveauté : surgissent aux détours des larges avenues qui quadrillent Managua de grands potraits 4 par  de 3 du président Daniel Ortega, accolés au tryptique nicaraguayen issu de la politique de réconciliaton nationale : chrétienne, socialiste, solidaire. Cela nous renvoie immanquablementt à ce que fut l’ultime avatar de la révolution sandiniste. Voilà qui interpelle qui est  isssu des idéaux de la République uiversaliste française qui proclame la liberté, l’égalité et la fraternité.

Vous me pardonnerez de ne pas suivre une chronologie usuelle. Mais si le présent s’éclaire par  l’histoire, l’analyse de la situation actuelle est une invitation à aller rechercher les explications dans un processus historique et en l’occurrence révolutionnaire. J’aurai donc l’occasion de revenir dans les prochains jours sur le grand mouvement de libération qui s’est concrétisé le 19 juillet 1979 par  la  prise de Managua par  les sandinistes. Je reviendrai également demain, à l’occasion du séminaire, sur la contre-révolution néo-libérale et ses conséquences. En effet, après 16 ans de potion libérale directement issue de  l’école de Chicago, celle-là même qui a saigné au même moment l’Argentine, le mouvement sandiniste a retrouvé le pouvoir en 2006. Mais cela  ne fut  ni sans mal, ni sans conséquences sur la ligne adoptée.

Le passage dans l’opposition  a été tout à la  fois pour le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN) l’occasion de règlements de compte internes mais aussi de clarification idéologique. Sans  pour autant que ces dernières aient beucoup résisté à la deuxième épreuve du pouvoir. En 1994, deux tendances s’affrontent, entre ceux qui pensent nécessaire au nom d’une prétendue modernité, de rejeter l’anti-impérialisme,  le  socialisme,  et la nature avant-gardiste du parti, et ceux qui, derrière Daniel Ortega, pensaient nécessaire de réaménager le programme tout en conservant les fondamentaux du sandinisme. Divisé puis fracturé après le départ de la grande majorité des parlementaires hostiles  à Ortega en 1994, le  FSLN a conlu durant la fin des année 90 et au début des aannées 2000 des alliances qui ont changé la nature du projet porté. Parfois ce fut avec les conservateurs comme pour juger  l’ancien président Aleman accusé de corruption. Puis ce fut tacitement avec le  cardinal Miguel Obando y Bravo, pourtant grand pourfendeur du sandinisme dans  les années 80.

Que penser de ce que furent finalement les fondations de la politique de réconciliation nationnale  qui a permis  au FSLN de reprendre le pouvoir ? Bien sûr, on peut considérer ces alliances comme tactiques et comme  une façon de fragmenter l’oligarchie afin d’être la seule force en mesure de représenter  l’alternative lors de l’effondrement du système néo-libéral, qui était prévisible tant il était parallèlemennt violent et gangréné, et  qui n’a d’ailleurs pas manqué de se produire. Bien-sûr, il s’agissait là de marquer un coup d’arrêt  nécessaire à l’expérience ultra-libérale. Et nul ne peut aujourd’hui se plaindre que le  retour  d’Ortega au pouvoir ait permis de faire redevenir la santé  et l’école gratuites, de relancer une dynamique  régionale d’intégration latino-américaine, d’initier un vaste plan de lutte contre la pauvreté mais aussi de s’attaquer à la  finance et aux banques qui spéculent sur le dos des entrepreneurs nicaraguayens.

Mais tout cela  s’accompagne d’une double  reculade. La première correspond aux concessions concédées à l’oligarchie sous toutes ses formes. Ainsi la politique publique liée à la place des femmes dans la  société marque non seulement un recul par rapport à l’ambition sandiniste initiale, mais les positions rétrogrades  prises sur l’avortement sont l’une des résultantes des accords passés avec l’église catholique. La seconde est l’abandon de la  perpspective révolutionnaire dans le sens d’une rupture radicale avec l’ordre établi. Les accords de partenariat avec le Venezuela ou Cuba ou encore les germes d’intégration au sein de l’autre gauche latino-américaine ne peuvent faire oublier que le FSLN est très en retard, à l’heure où se profile en avril prochain le premier forum  mondial  de la révolution citoyenne, sur la question de  l’implication dans  une visée qui dépassse le cadre  purement local. Si l’alphabétisation a connnu des progrès spectaculaires lors de la prise du pouvoir par les sandinistes,  la doctrine est tombée hors d’un processus d’émancipation individuelle et collective qui est pourtant le seul à même de permettre non seulement la prise du pouvoir par le peeuple mais aussi l’utilisation de celui-ci dans  le sens de l’intérêt général.

Notons une fois encore que l’empire américain rejoint celui de la finance pour ne jamais trouver suffisantes les conncessions effectuées. Les tentatives de déstabilisation redoublent comme ce fut encore le cas avant les municipales du mois de novembre 2012. La prensa,  principal journal du pays, auparavant dirigé par le mari de Violetta Charo, l’ancienne présidente de la contre révolution néo-libérale, demeure un organe aux ordres de l’oligarchie qui  voit aujourd’hui dans le régime  sandiniste et plus  encore dans l’émergence de l’autre gauche latino-américaine et mondiale, un danger pour ses pratiques hégémoniques.

Entre tous ses maux, le  régime a chuté sur le tryptique évoqué plus haut. Les alliances contre-nature passées, fut ce au  nom de la prise du pouvoir, font nécessairement dévier l’ambition portée pour le peuple quand elles ne la font pas sur certains points reculer. Surtout, elles constituent un enfermement source de renoncements. N’oublions jamais qu’au  jeu des comparaisons entre ce qui a pu être gagné et ce qui n’ a pu l’être, entre l’idéal et  la réalité présentée par certains, le chemin de la  transformation sociale, écologique et démocratique, républicaine dirions-nous aussi en France, est le seul qui conduit à la  réalisation de  l’idéal.

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