Du mépris des lois, par François Hollande

« La loi s’applique pour tous dans le respect de la liberté de conscience ». Ainsi s’exprimait François Hollande hier lors de son intervention devant l’association des maires de France (AMF) réunie en congrès. Que cette sentence s’applique aux maires qui doivent officier pour le mariage pour tous ne doit pas masquer la gravité et la dangerosité des propos du chef de l’Etat.

Bien sûr il s’agit d’une nouvelle reculade. Il aura suffi d’un week-end de mobilisation contre le mariage pour tous et que les catholiques intégristes sortent dans la rue pour faire fléchir le Président. Dans le même temps, il joue au fier devant la mobilisation du front anti-austéritaire et menace d’envoyer à nouveau les forces de l’ordre à Notre-Dame-des-landes pour préserver les intérêts de Vinci à construire le 146ème aéroport français ! Ainsi donc, alors que nos concitoyens sont rappelés à l’ordre (avec violence) pour respecter la loi, les élus en seraient exemptés alors même qu’en tant que représentants du peuple, ils ne sauraient former une caste pouvant se prévaloir de privilèges.

Mais sur le fond, ces propos rejoignent la délégitimation de la loi que véhicule de longue date François Hollande. Il y a d’abord eu le souhait du candidat Hollande de voir le contrat se substituer à la loi, préférant ainsi le particulier au général, l’intérêt du patronat à celui des salariés, la loi de la jungle à l’ordre social, l’accord de gré à gré à l’égalité républicaine. Puis le nouvel acte de décentralisation qui nous est promis pour janvier 2013 envisage « d’adapter la loi en fonction des territoires » comme l’ont annoncé de concert Jean-Pierre Bel, président socialiste du sénat, et Marylise Lebranchu, ministre de la réforme de l’Etat, de la décentralisation et de la fonction publique. Le troisième étage vient d’être asséné par le chef de l’état en prônant l’adaptabilité de la loi pour les élus de la République qui officient à ce titre !

Il y aurait pour François Hollande d’un côté la loi, formelle, et de l’autre son application, qui se ferait à la carte. Si la loi demeure l’expression de la volonté générale comme nous l’a enseigné Rousseau, cette segmentation entre le législatif et l’exécutif est l’exact contraire de la séparation des pouvoirs qui fonde pourtant notre système démocratique institutionnel. En rompant le lien entre l’un et l’autre, François Hollande rompt avec l’égalité républicaine, détruit l’indivisibilité du peuple, et au final désagrège le consentement nécessaire à la loi.

Que François Hollande soit le chantre de l’austérité, c’est un fait. Qu’il rompe avec l’humanisme radical et la volonté de transformation sociale en est un autre. Qu’il rompe avec la République, voilà qui le fait changer complètement de camp.

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