Hollande investit dans la précarité

En imposant aux départements des contreparties soigneusement distillées contre l’octroi d’un coup de pouce de 170 millions d’euros « pour mieux soutenir le financement des missions de solidarité », François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont décidé de spéculer à la baisse sur la fonction publique.

De Raffarin à Sarkozy, la droite a laissé les collectivités locales exsangues, notamment du fait de transferts de charges qui n’ont pas été intégralement compensés. Ainsi, les départements, qui prennent désormais en charge le revenu de solidarité active (RSA), l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et le handicap, réclament à ce titre à l’Etat les sommes qui ne leur ont pas été versées. Depuis 2007, celles-ci s’élèvent par exemple à presque à 500 millions d’euros pour un département comme le Val-de-Marne.

 C’est dans ce contexte que le Président de la République et le Premier Ministre ont gracieusement proposé d’apporter une goutte d’eau aux départements à condition de faire boire à leurs personnels le calice jusqu’à la lie. Jugez plutôt : pour profiter de l’aumône et obtenir un engagement de l’Etat à trouver d’ici à 2014 un mécanisme pour des « ressources pérennes et efficaces », les départements ont dû s’engager à recruter « 7 000 emplois d’avenir dès 2013 au sein de leurs services » et à « augmenter de 20 % le nombre de jeunes […] en contrats d’apprentissage et en contrats aidés ».

Autrement dit, non content d’être le premier gouvernement de gauche à ne pas engager un grand plan de déprécarisation dans la fonction publique lorsqu’il arrive au pouvoir, le duo Hollande-Ayrault impose la généralisation de la précarité dans la fonction publique territoriale. Contrats d’avenir, aidés ou apprentissage sont non seulement utilisés comme un cautère sur une jambe de bois pour opposer à un chômage galopant l’emploi durable, mais ils ont surtout vocation à se substituer progressivement aux emplois statutaires. La précarité qui était l’exception, déjà trop nombreuse,  est progressivement et désormais institutionnellement appelée à devenir la règle.

Quelle logique les pique ? Pourquoi enfreindre ouvertement la loi du 12 mars 2012 sur la résorption de la précarité ? Derrière la fragilisation des personnels, ce sont bien les statuts de la fonction publique qui sont en ligne de mire. Le fil conducteur du PS ne pouvait qu’y amener, en transformant subrepticement l’idée même de service public en « missions » de service public. Dès lors, plus besoin d’agents dont le souci permanent de l’intérêt général soit garanti par la mise à distance salutaire des intérêts privés et des agissements clientélistes. A l’emploi défini sur la continuité et le service se substitue la logique du rendement, du profit et de la compétition. En s’attaquant aux statuts, on démantèle insidieusement mais sûrement le service public, les exemples édifiants de France Télécom ou La Poste en attestent.

Le Front de Gauche continue à proposer un vaste plan de titularisation des 870 000 précaires de la fonction publique. Voilà le signal de la rupture avec l’ordre libéral qu’aurait dû envoyer immédiatement un gouvernement de gauche. Ne pas l’avoir fait est une erreur politique et un manquement à l’idéal progressiste. Approfondir la fragilisation du cadre républicain par une nouvelle pique dans les statuts relève cette fois de la faute. Mais aussi malheureusement d’une certaine cohérence…

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