L’argent public pour l’école publique

 Tribune publiée le 30 mai sur Newsring par François Cocq

Est-ce l’annonce il y a quelques semaines par Vincent Peillon, répondant ainsi favorablement aux injonctions de l’enseignement catholique, qu’il ne reviendrait pas sur la loi Carle (qui oblige les communes à financer les écoles primaires) qui donne des ailes à ce dernier ?

 Proportionnellement largement épargné par les suppressions de postes de la période précédente, l’enseignement catholique voudrait maintenant rafler la mise en se voyant bien obtenir la part du lion des créations de postes envisagées. Il convient pourtant de constater que 30% des classes du privé ont moins de 19 élèves, que 15% fonctionnent à moins de 15 élèves. Dans le même temps, l’enseignement public doit se serrer la ceinture et faire face à des classes toujours plus surchargées.

Il y a bien une véritable usurpation des fonds publics par les écoles privées sous contrat. On dénombre ainsi en France près de 8 500 établissements privés sous contrat accueillant environ deux millions d’élèves. Les établissements catholiques représentent plus de 90% du total. Chaque année, l’Education nationale consacre 18,7% de son budget pour financer les écoles privées qui ne rassemblent pourtant que 17% des élèves. L’ensemble des aides consenties soit par l’Etat soit par les collectivités territoriales se chiffre à plus de 9 milliards d’euros.

Mais au-delà de chiffres, c’est la logique même de l’édifice qui doit interpeler. L’argent public, provenant d’une source universelle, à savoir des contribuables quelles que soient leurs orientations religieuses ou philosophiques, se doit d’avoir un but universel conforme à sa nature même : le financement des services publics, de la solidarité redistributrice et de la protection sociale. L’application de ce principe doit s’effectuer pleinement en faveur de l’École publique et laïque, seule dépositaire de cet intérêt général.

Alors certes l’argument de l’équité est souvent sollicité pour justifier le financement de l’enseignement privé. L’enseignement privé sous contrat remplirait ainsi une même mission de service public que son homologue du public. Il conviendrait donc que le financement se fasse à parité. Mensonge et hypocrisie ! Seule l’école publique est gratuite quand l’école privée demande une contribution financière aux familles. Seule l’école publique est tenue d’accueillir indistinctement tout enfant quand le privé peut choisir ses élèves en fonction de plusieurs critères plus ou moins avoués. Seule l’école publique est laïque quand la loi Debré garantit aux établissements privés le maintien de leur « caractère propre ». Seule l’école publique est assujettie aux obligations de service public quand l’école privée n’est pas tenue à l’obligation de re-scolariser dans un autre établissement l’élève victime d’une mesure d’exclusion ; elle fait le choix parfois d’inscrire en candidats libres aux examens les élèves qui risqueraient de faire baisser le taux de réussite ; elle n’a aucune obligation de continuité de l’enseignement, pouvant fermer à tout moment.

Il s’agit au final bien d’une concurrence déloyale qui est imposée à l’enseignement public. Si le changement c’est maintenant, il s’agit de l’acter clairement. Cela passe par le fait que les fonds publics aillent exclusivement à l’école publique. Cela commence par le fait de réserver les créations de postes à l’école de toutes et tous.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s