Pour l’école, François Hollande peut mieux faire

Tribune publiée dans Mediapart le 22 mai 2012

«Le discours sur l’éducation livré par le nouveau président lors de sa journée d’investiture (…) témoigne de ruptures profondes avec l’héritage de l’humanisme universaliste.» Par François Cocq, secrétaire national à l’éducation du Parti de gauche.

En matière d’éducation, force est de constater que la campagne présidentielle nous a laissés sur notre faim. Si les semaines écoulées ont permis de rejeter les politiques sarkozystes, la proposition de créer 60 000 postes dans l’Education nationale a dans le même temps exonéré François Hollande de présenter un projet éducatif global. Il subsiste donc des interrogations sur la nature profonde de la «refondation» qu’il entend engager pour l’école.    

Le discours sur l’éducation livré par le nouveau président lors de sa journée d’investiture a malgré tout précisé la pensée que nous avions vu se dessiner en creux dans ses discours. Certaines formules prononcées le 15 mai témoignent ainsi de ruptures profondes avec l’héritage de l’humanisme universaliste et rejoignent quelques jalons posés pendant sa campagne.

Ainsi, l’égalité des chances a été réaffirmée comme pierre angulaire du système éducatif. Loin du consensus des bien-pensants, il faut mesurer que l’égalité des chances fait reposer sur chaque enfant, sur chaque jeune, sur chaque famille, la responsabilité de l’échec ou de la réussite d’une scolarité. L’égalité des chances, non contente de nier la profondeur des inégalités sociales, instille le venin de l’individualisme et de la compétition. C’est cette idée même qui permet aux libéraux de prôner le chèque éducation ou l’augmentation des frais d’inscription à l’université. Elle appelle à sa suite la promotion de quelques-uns pour se donner bonne conscience et mieux s’exonérer de la réussite de toutes et tous. François Hollande proposait en ce sens, le 4 mars, que 5 % à 6 % des jeunes des quartiers dits «populaires» aient accès aux grandes écoles sans se soucier des 95 autres pourcents. Dès lors, le pas fut vite franchi par le nouveau président de la République, qui en a déduit, lors de son investiture, que l’école devait être celle du «mérite». Alors même que la société méritocratique a montré qu’elle était en bout de course, c’est elle qui serait à nouveau le levier de la démocratisation?

La deuxième césure est intimement liée à la première: qui apprend quoi à l’école? François Hollande, dans le prolongement de la loi d’orientation Fillon de 2005, estime qu’un socle commun minimaliste et utilitariste satisferait largement les ambitions d’une plèbe dévolue aux tâches d’exécution quand les programmes seraient réservés aux quelques autres afin d’assurer dans un marché du travail idéalisé les tâches de conception. Le nouveau ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, propose ainsi d’instituer un «conseil national du socle et des programmes» qui entérine la distinction entre les deux. La gauche ne saurait au contraire renier le fait que tous les enfants sont capables d’apprendre les mêmes choses pour peu qu’on en donne à l’école les moyens. Ce n’est pas une petite affaire. Celui ou celle qui renonce à la perfectibilité constante de l’être humain de fait change de camp!

Reste la question de la mise en œuvre. Celle-ci n’est pas que technique, bien au contraire, dès lors qu’elle engage l’égalité entre les élèves et entre les territoires et qu’elle remet en cause le cadre national. Celui-ci a beau avoir été réaffirmé le 15 mai, il semble difficilement conciliable avec l’«autonomie pédagogique» portée par le candidat. Celle-ci existe déjà et se nomme «liberté pédagogique». S’il faut en changer le nom, c’est que la surface qu’elle recouvre change aussi. C’est donc bien l’autonomie des établissements qui est visée. Cette dernière est en effet le complément indispensable à la volonté exprimée par François Hollande le 17 février devant la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) de passer par-dessus bord la carte scolaire en instituant un choix pour les familles entre plusieurs établissements. Mais qui a le choix au final? Ne sait-on pas que ce sont les établissements qui au final décident dans ces circonstances? La mixité sociale serait ainsi sacrifiée sur l’autel de la concurrence libre et non faussée qui s’appliquerait alors entre les établissements et au final entre les élèves.

Il n’est pas d’autel qui vaille à l’école de la République, pas d’arrangement avec les règles qui président à la vie commune qui puisse être accepté. Le refus annoncé par Vincent Peillon d’abroger la loi Carle qui permet le financement des écoles privées (à 95 % confessionnelles) par des fonds publics est une pierre jetée dans le jardin de la laïcité. Que diable: parce que l’école publique est l’école de tous, les fonds publics doivent aller à l’école publique!  

Ces quelques éléments, échappés d’un débat qui n’a jamais existé, structurent profondément la «refondation de l’école de la République».  Ils ont permis à François Hollande le 15 mai de faire de l’école tout à la fois un droit et un devoir. C’est une hérésie de les mettre sur le même plan. Les droits sont par nature universels. Ils sont l’héritage de la pensée des Lumières et les acquis des luttes du camp progressiste et de la classe ouvrière. Ils n’appellent aucune compensation, aucun devoir en échange car les devoirs sont eux rattachés à la personne. Le retour de la gauche au pouvoir ne saurait commencer par le renoncement ainsi exprimé de refonder une école qui soit celle de la réussite de toutes et tous.

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