Et si on portait l’obligation scolaire à 18 ans ?

Tribune publiée dans Newsring le 2 mai 2012

Et si au lieu de s’interroger sur le maintien de l’obligation scolaire à 16 ans ou son abandon en rase campagne, on se proposait de la porter à 18 ans ? Cet allongement de l’obligation scolaire jusqu’à 18 ans est l’une des mesures phare du programme du Front de Gauche. Il s’agit en effet d’une étape décisive pour un saut qualitatif qui permettrait de dessiner un projet de société plus global. Car la mesure recèle des vertus insoupçonnées.

Au premier rang de celles-ci on trouve la nécessité de relever les défis lancés par les réalités d’un monde de plus en plus complexe, aussi bien en terme de formation du citoyen que d’insertion dans le monde du travail. L’acquisition de ces connaissances exige un temps supérieur à celui octroyé à l’heure actuelle. Etaler sur deux années supplémentaires le cursus scolaire devient un préalable pour que chacun puisse se familiariser avec des savoirs indispensables. C’est une condition sine qua non pour procéder à l’acquisition par toutes et tous d’une culture commune de haut niveau. C’est là un contre-pied assumé au socle commun de compétences minimaliste et utilitariste qui ne répond nullement aux besoins. La scolarité obligatoire portée à 18 ans ouvre elle la perspective aux techniques et aux savoirs émancipateurs.

Cette mesure recèle aussi des avantages techniques. Elle répond ainsi pour partie aux attaques savamment distillées contre le collège unique. Beaucoup de personnels ressentent parfois comme une gageure d’amener des élèves en décrochage scolaire jusqu’à 16 ans. L’allongement de la scolarité obligatoire aura pour le collège unique un impact bénéfique puisqu’elle désenclaverait le temps de scolarité passé au collège et dédramatiserait l’orientation. Les choix d’orientation seraient de la sorte inclus au sein des parcours scolaires, et non plus situés en fin de scolarité obligatoire ; Cela apporterait un souffle oxygénant au collège unique en l’inscrivant au coeur de la scolarité obligatoire et non plus comme un terminus anxiogène à un âge où il est parfois prématuré de devoir faire des choix engageant aussi lourdement sa future vie d’adulte.

Une autre vertu résiderait dans le processus de démarchandisation de la sphère éducative qui s’en trouverait de facto favorisé. L’obligation ne peut en effet rimer qu’avec gratuité, même si malheureusement l’équation souffre de trop d’entorses qui malmènent notre conscience républicaine. La scolarité post-collège échappant à l’obligation correspond à des dépenses difficiles à supporter pour de nombreuses familles. C’est là que commencent les spécialisations qui sont considérées par les libéraux comme un investissement personnel devant être financé par les familles, et non pas pris en charge par la collectivité. Cette logique, individualiste et marchande, que la volonté d’instaurer un chèque éducation pousse à son paroxysme, doit être contrecarrée : l’allongement de la scolarité obligatoire y contribuera.

 L’offensive libérale vise à pousser hors statut scolaire les jeunes qui ont dès le départ été victimes du tri social orchestré par le socle commun. C’est à front renversé que nous devons en réalité aborder cette question en portant la scolarité obligatoire à 18 ans. L’école de l’égalité et de l’émancipation ne se conçoit pas au rabais.

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