Notation des enseignants : Luc Chatel est le Moody’s de l’éducation

 Tribune publiée sur Rue 89 le 10 décembre 2011

Par François Cocq, secrétaire national à l’Education du Parti de Gauche et Francis Daspe, secrétaire général de l’Agaureps-Prométhée (Association pour la Gauche républicaine et sociale – Prométhée)

Le 15 novembre dernier, Luc Chatel présentait le projet gouvernemental de réforme de la notation des enseignants qu’il souhaite boucler avant fin décembre. L’autonomie qui met en concurrence les établissements, les personnels et les élèves trouvait là une nouvelle déclinaison. Après le recrutement des enseignants par le chef d’établissement, leur évaluation !

Luc « Moody’s » Chatel instrumentalise en effet l’évaluation des enseignants pour mettre à mal l’école de la République comme les agences de notation entraînent volontairement dans leur sillage les spéculateurs et tous ceux qui veulent se repaître sur le dos des peuples.

C’est à croire que les libéraux ne tiennent compte des leçons du passé qu’à leur manière. A l’image des émigrés rentrant d’exil à la Restauration, ils n’ont rien appris ni rien oublié.

Forte mobilisation contre le décret Robien

Il y a cinq ans, dans un contexte similaire, ils avaient déjà tenté de détruire au Kärcher les statuts des enseignants. Un décret du ministre de l’Education nationale de l’époque, Gilles de Robien, se proposait d’abroger purement et simplement les décrets de 1950 qui servaient de statuts pour les enseignants. L’émotion avait été vive, la mobilisation vigoureuse de la part des personnels. Elle avait conduit le candidat Sarkozy à promettre d’abroger le décret de Robien une fois élu. Promesse pour une fois tenue, mais avec une sincérité douteuse.

Car les quatre années suivantes se soldèrent par de multiples tentatives de réintroduire par la fenêtre ce que la mobilisation enseignante avait réussi à expulser par la porte. Les libéraux ne se résignent décidément pas à cette cuisante défaite et préparent leur revanche.

Un démantèlement du statut des enseignants

La preuve encore aujourd’hui avec les nouvelles modalités d’évaluation des enseignants. Outre le tropisme d’une gestion managériale érigée en dogme de la « bonne gouvernance », c’est bien le démantèlement des statuts qui est visé.

Car les libéraux savent bien qu’ils touchent ainsi au cœur de ce qui charpente encore l’édifice de l’école de la République. Loin d’un quelconque corporatisme, les statuts préservent le cadre national de l’éducation et atténuent tant bien que mal la dérive vers une école à deux vitesses. Ils sont ainsi le paravent indispensable pour mettre en œuvre une politique éducative qui vise la réussite de toutes et tous et non la promotion de quelques uns.

Ce sont eux qui garantissent l’intérêt général par la mise à distance salutaire des intérêts privés et des ingérences clientélistes de notables locaux. Seuls les statuts offrent les conditions nécessaires à la neutralité des professeurs en capacité d’exercer en toute sérénité leur métier à l’abri de toute forme de pression et d’arbitraire.

Les statuts sont également un bouclier pour le bien commun car ils définissent un emploi sur la continuité et le service et non pas sur le rendement, le profit et la compétition. En cela, ils servent de point d’appui pour les luttes de l’ensemble des salariés, du privé comme du public.

Enfin, les statuts contribuent à lutter contre une précarité qui, contrairement au discours ambiant, fait des ravages dans l’éducation nationale avec plus de 20 000 contractuels et vacataires.

L’instauration d’une école à deux vitesses

N’en doutons pas : la liquidation des statuts sonnerait le glas de bien des ambitions de l’école républicaine. Définis nationalement, ils constituent un des seuls freins à l’autonomie totale des établissements, fin libérale promise au service public d’éducation par les marchands du temple de tous horizons.

Autonomie et casse des statuts sont bien les deux faces d’une même pièce qui vise à instaurer une école à deux vitesses où les contenants et les contenus proposés dépendraient à nouveau du fait que l’on soit plus ou moins bien né, plus ou moins au bon endroit. L’autonomie et la casse des statuts ayant fait leur œuvre, les marchands auraient beau jeu d’être invités à venir se goinfrer sur les restes du service public d’éducatif.

Car n’oublions pas qu’une violente remise en cause des statuts est toujours à la fois un prélude et un aboutissement à des privatisations : les exemples de La Poste ou de France Télécom en attestent. Les politiques managériales cyniques constatées chez l’un comme chez l’autre font craindre le pire. Pour le personnel bien sûr, livré à une loi de la jungle inconciliable avec l’intérêt général.

La recherche du chiffre plutôt que de la réussite

Mais aussi pour les élèves qui subiraient une dégradation de la qualité des apprentissages et seraient au final victimes d’une rupture dans la continuité du service public. Des enseignants évalués sur la réussite en seraient réduits à modifier radicalement leur approche du métier pour faire du chiffre plutôt que pour conduire tous les élèves vers la réussite. Mieux vaudrait dès lors se débarrasser des élèves les plus fragiles sous couvert d’une sélection à peine déguisée.

La réaction de la communauté éducative, derrière ses syndicats, est donc salvatrice. Elle témoigne bien d’un attachement profond et viscéral à l’ambition d’une école qui vise la démocratisation et la réussite de tous. Cette implication citoyenne est aussi la preuve que le débat autour des questions de l’école n’est pas un simple débat institutionnel : il traverse bien l’ensemble des lignes de failles de notre société.

En 2007, Sarkozy avait déjà dû reculer sur les statuts. Qu’il sache que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Résistance !

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